La ManoSolitude

(21 octobre 1995 – 6h48 – Boulevard Rochechouart, Paris – 2 heures de sommeil en 72 heures – tristesse et mensonges)

 

« Avant » :

 

La ManoSolitude m’a pris par devant, face au vent. UN matin trop clair, je rencontre LE petit d’homme, LUI, IL marche avec une canne canine, noire, un bandana rouge autour des yeux et des habits du surplus d’une armée qu’il combat. IL vibre de violence incarnée et délivre une parole éraflée à mon égard.

 

Je suis alors, la femme de quelqu’un d’autre, un « lui », aujourd’hui disparu. « Lui » et « lui » se connaissent, ils ont partagé des murs et ses seringues, des draps et des rêves.

 

Ils parlent d’hommes morts trop tôt, de femmes mortes trop tard et de chiens, leurs fidèles compagnons d’infortune. Les voix se fondent dans une fumée du passé et des promesses de junkies s’allument sous le réverbère.

 

Alors, LUI repart d’où IL n’est jamais vraiment venu, son ombre à crocs évite quelques réverbères, suivant de près les hanches brinquebalantes de son maître.

Je suis ébouriffée d’émotion pure.

 

lui, il fait le fier, il L’a connu le Mano, depuis toujours, et les Négresses V., et Marco P., et Tristan, et les autres… déjà cadavres ou en partance pour la plupart.

 

LUI, IL a compté les dalles de trop près et s’enfourne sur les bords des canaux parisiens en fredonnant un requiem pour lui-même.

 

Moi, je suis la fille qui attend la fin de cette petite mort, je LE suis d’un regard et jette un autre à l’autre.

 

Et depuis, j’ai pleuré à chaque écoute, à chaque lecture… j’en ai bouffé de la Manosolitude, boulimique de détresse, égérie du désespoir…

 

Et si MANO, c’était un peu moi, et si Mano n’était pas solo, et si…

 

 

http://hubertmarot.free.fr/ch_mano.htm

 

Voilà comment je L’ai connu… 10 ans exactement… d’hier en aujourd’hui… La déchéance physique contrastant avec l’évolution du Coeur… un écorché revigoré… De Mano à Mano, de vous à moi, IL est NOUS !

 

 

(7 Octobre 2004 – 22h49 – Ancienne Belgique, Bruxelles – Nuits de sommeil réconfortantes – Amour et sérénité)

 

« Après »

 

Paris – Bruxelles – Paris. Aller-retour du spectre hurlant, vampire au cou décharné, un homme ‘i’.

 

Entre bulles et fumée, IL dérive sur scène, le p’tit du Canal, ce Monsieur Pigalle.

Les bras mécaniques, automate de cire chaude, IL sent les fonds de sac de couchage. Les pavés dans les yeux, le poing dressé contre qui veut bien contredire la Liberté, IL ouvre ses bras de sorcier maladroit et hurle sa rage de survivre.

L’appel des partisans, le chant des artisans, la musique des ombres, tout LUI est acquis car IL connaît la limite, IL sait le ravin, IL a épousé son ombre. Mais IL n’est l’ombre de personne.

 

Sa voix rauque, telle celle d’un chat blessé, amoureux d’un chien noir, transperce mes silences. IL a de la peine dans ses cheveux fous, son corps désarticulé mesure le rythme de sa colère, le regard creux, les yeux allumés, il arrache mes souvenirs, déterre mon angoisse et me sert un p’tit verre de nostalgie sur son plateau de bistrot.

Ménilmontant, Richard Lenoir, Abbesses, Blanche, Barbès et Clichy, mes quartiers sont à LUI.

 

IL a désossé mon passé, poing par poing. Il crie qu’on est tous nuls mais que c’est pas pour cela qu’on n’existe pas… alors on continue, on sort de là, chamboulés, vidés du trop, emplis de peu et sensibles à la nuit.

 

Et puis, on rit, finalement, d’être encore là après tout ÇA !!

 

Pour le para-l-aile : http://mozhorus.skynetblogs.be/

Dernier album : Les Animals

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