Mon père ce mini héros…(après l’avant, il y a l’après…)

La Toussaint, fête de nous tous, vivants et/ou morts. Fête des sorciers, des saints du calendrier, des chrysanthèmes et des pierres tombales. Pendant ce temps, je rendais visite à un revenant, un revenu.

 

C’était le week-end « Visite de mon père à l’hôpital ». Après plusieurs années de silence maladroit et autres tergiversations familiales, ma raison première était d’aller là bas dans cet hôpital de campagne, de le voir, de l’incarner, même mourrant, lui, ce père fantasmé, idéalisé ou diabolisé selon les périodes de vie. La visite fût douloureuse et remuante. Mon père n’habite plus à l’article de la mort mais fatigué, il perd un peu la tête, il insulte Alzheimer en lui suppliant de le laisser tranquille, il me présente comme sa grande sœur ou nomme mon grand-père « ton papa » mais il garde un bout d’œil malicieux, une phrase de compassion pour les autres et un amour de l’Humain qui me redonne mon titre de « sa fille » plus que  jamais.

 

J’ai été maladroite, fillette ou adolescente face à lui, j’ai revêtu les costumes des rôles que je n’ai pas pu jouer. J’ai exprimé beaucoup de colère vis-à-vis des clans, des autres, des parti pris, lesquels j’ai parfois cautionné contre lui – comme dans tous les divorces – mais j’ai dit des choses, d’autres choses, je lui ai même déclaré que je regrettais d’avoir si longtemps pris parti contre lui sans jamais peser le pour et le contre, que j’ai grandi au creux d’un carcan que je n’arrive à casser que depuis peu de temps mais que je suis de son côté, j’ai décidé de l’aimer lui, malgré les vieilles rancoeurs, lesquelles, pour la plupart, ne m’appartiennent pas. Et surtout, j’ai avoué l’impossible, le difficile: je suis heureuse.

 

Le passé, celui que je connais et le reste, a été ‘anecdotisé’, le présent a été décrypté, le futur, à peine effleuré, rien de bien grandiloquent pour la séquence « révélations » ou « vérités à tout prix » mais la situation s’est éclaircie au niveau du lien que nous avons, ce lien qui est de toutes manières plus réconfortant que d’apprendre ‘qui a trompé qui’ et ‘qui a menti sur qui’… du moins pour l’instant, pour cet instant là… Les retrouvailles ne peuvent pas toujours s’armer de batailles. Je suis soulagée d’avoir fait ce pas, tant redouté et si salvateur.

 

Son dernier regard a été la chose la plus émouvante de toutes, j’ai failli m’écrouler devant ce regard, comme un « ne pars pas » et un « je t’aime » douloureux…. Les maladresses ont été partagées tout autant que l’émotion.

 

Dans les embouteillages du retour vers Bruxelles, j’ai pleuré en silence pendant deux heures, en m’en voulant d’avoir été si lointaine, si fière à son égard, si peu indépendante, de ne comprendre que maintenant plutôt qu’hier.

Mais tout re-commence, rien n’est perdu, chaque nouveau jour est un début et je fais confiance aujourd’hui à plus d’un homme, mon père est humain, vulnérable, colérique, radical, beau, serein, vieux et intelligent et il est mon seul père.

 

Je remercie l’homme que j’aime, ici et partout pour son bras sous mon bras tremblant, pour sa tête contre mon estomac noué, de son amour tout contre le mien, incontestable et inviolable.

Merci aussi à mes mères adoptives, ma famille du cœur et de sang d’ailleurs et ceux qui remplacent parfois mes béquilles cassées.

 

(Dessin de Yoshitomo Nara)

3 commentaires

  1. Hier, il y avait réunion de la tribu chez l’Ancien. Notre Doyen protecteur et détenteur de l’unique sagesse couleur Rubis.
    La particularité, chez notre Doyen c’est que, chaque pendule, montre, horloge indique un quart d’heure de retard, cela a toujours été. J’ai baigné dans cette athmosphère où le temps n’avait plus prise, longuement, en posant chacun de mes actes.
    Mais, hier, poussé par la curiosité, en fait non, ce n’était pas de la curiosité. Je crois que j’avais considéré ce fait comme acquis mais, réflexion faite, ce n’était pas plausible. Donc, je demande la parole et pose la question à l’Ancien. Ôh, toi, doyen de la tribu, détenteur de la sagesse des sagesses, dis moi pourquoi chacune des Témoins Temps indique un quart d’heure de retard ?
    Le doyen, de son oeil brillant me fixa, l’index calleux pointé vers le ciel. Hé bien petit d’homme, je vais te le dire. Losrque un jour, mon temps aura pris fin et qu’il sera venu pour moi de quitter la terre. Lorsque la grande faucheuse viendra me chercher, elle me laissera un ultime quart d’heure pour vous dire combien je vous ai aimé …

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  2. je pouvais un jour arriver à faire ce que tu as su faire

    mais à force de mettre drapé dans ma fierté je m’y suis perdu
    en te lisant, sans trouver la sortie, j’ai retrouvé l’espoir qu’elle existe

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