
http://www.poche.be/saison0405/american%20witch/
Hier soir avec Ubik, Julie-tte (http://julie-tteboussart.skynetblogs.be/) et Rsputine (http://mozhorus.skynetblogs.be/) …
L’histoire est simple, une recette ancestrale : un peu d’inceste, quelques grammes de violence, une once de rage frustrée et beaucoup d’hypocrisie.
Au lendemain difficile des élections Bushères, cette pièce de théâtre convainc plus qu’elle ne réveille. L’Amérique profonde (profonde dans le sens enterrée et obscure plutôt que réfléchie) ; décrite ici, délivre encore son ramassis de bondieuseries et d’intégrisme moral.
David Foley, l’auteur, rappelle Lars von Trier dans son polaroïd social sans compromis, la mise en scène, connotée David Lynch, évoque un univers de solitude, bardé de néons publicitaires, embué par les prédications de clowns tristes d’un show-business religieux et ignorant du reste du monde.
Si Dieu est amour, Jésus est marketing. Le commerce des âmes est ouvert à toute action purgative, le mal n’est plus que du mal et le bien n’est que Jésus, alors il est facile d’omettre le pire, d’annihiler les lois non divines et de permettre aux ouailles de s’acquitter des fautes « si humaines » par l’unique « don » de la confession.
Le pardon devient un leit motiv sans justification, ni Raison. Les oubliés, les perdus, les dérivés, les déc(h)us, les « pervers » deviennent les ennemis du temple et donc des défenseurs du bien, Satan les guette et si Jésus ne les nourrit plus, il faut les éliminer, les détruire…
J’ai été touchée par les victimes de la pièce : femmes blessées et rendues au silence, adolescents convertis à l’isolement et à la haine de l’ailleurs, hommes déviés de leur humanité… Tour à tour bourreau et victime, les êtres se divisent sans concession, ici, pas de manichéisme primaire, les « méchants » ne sont pas toujours ceux qu’on croit.
« American Witch » est une œuvre à classer parmi celles d’Harmony Corine (Gummo et Julian Donkey Boy pour mes favoris), Larry Clark (Bully & Kids pour les plus percutants), Gus van Sant, Kimberly Peirce, Vincent Gallo, Lars Von Trier & Edward Lachmann…
J’ajoute ici un extrait de la lettre de l’auteur adressée au Théâtre de Poche à propos de « American Witch » :
« Le cercle des Bienheureux»
L’Amérique est un pays fameusement religieux où abondance et béatitude ont souvent été regardées comme synonyme, droiture et prospérité les suivant de près.
C’est à partir d’un fait personnel que j’ai été amené à parler de la religion aux Etats-Unis. Etant d’origine irlandaise, j’ai été éduqué dans le catholicisme, un catholicisme passif et non pratiquant. Ceux qui dans ma famille pratiquent une religion sont des Pentecôtistes.
Au début des années 70, mon frère aîné a eu la révélation, lors d’un concert rock, et a adhéré au renouveau religieux des «Jesus Freaks». Il a déménagé en Arizona, fondé une famille et est devenu pasteur pentecôtiste. Il prêche en costume cravate un évangile de salut, plutôt que de libération.
Les Pentecôtistes se réfèrent directement à la Pentecôte, moment où le Saint Esprit est descendu sur les apôtres.
A l’image de l’Amérique, le Pentecôtisme est pragmatique : ce qui est vrai est ce qui fonctionne. Ses fondements résident dans la vérité des Ecritures. Le Pentecôtisme a réponse à tout : l’adultère, l’homosexualité, l’assuétude, la confusion morale, le désespoir… Tous les maux de notre société moderne. Comme les autres religions, le Pentecôtisme prêche un évangile d’amour. Il n’existe aucun péché si odieux soit-il qui ne puisse être lavé par le Sang Salvateur. Tout ce que vous devez faire est d’accepter Jésus comme votre sauveur. Mais si vous ne l’acceptez pas, vous brûlerez en enfer. Rien de personnel. Juste les mots de Dieu. Aucun pentecôtiste ne reconnaîtra jamais cette croyance pour ce qu’elle est : profondément et personnellement hostile. L’idée que ceux qui ne sont pas d’accord avec vous sont condamnés au tourment éternel exprime une hostilité anxieuse, nihiliste envers la dif
férence, envers le désaccord, envers l’autre.
American Witch, plus que tout autre pièce que j’ai écrite, est alimentée par la colère. Colère qui s’adresse particulièrement à ces communautés des bienheureux et des croyants qui ne maintiennent leur foi et leur béatification qu’aux dépens de ceux qui n’appartiennent pas à leur cercle fermé. David Foley

Les Etats-Unis, ce n’est pas seulement le »Nouveau Monde », c’est réellement un autre monde.. et là je ne parle même pas de l’Amérique profonde, mais de bonne société wasp bostonienne, j’y ai vécu un moment, la différence culturelle est énorme, même face à des gens animés de la meilleure volonté il est très difficile de vraiment se comprendre, on utilise pas les mêmes référentiels, d’où une communication presque impossible.
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