LE SOMMEIL (allitération en S, M, L)

La femme seule souffle et souffre. Elle siffle le requiem de son âme esseulée. Les ailes brûlées, lasse et lascive, elle contemple Dame Mort, sa grande sœur traîtresse. La femme seule ondule entre vallées mortuaires et lacs gelés. Elle s’oublie dans le reflet de son reflet, abîmée dans des Abymes mirifiques.

Les miasmes de ses meurtrissures alanguissent sa descente dans la matrice des sous sols. La femme seule clame sa souffrance, soulève les armes blanches, sature sous le sel de larmes lapidaires.

Le silence sépulcral s’installe si doucement, ne desservant pas son dessein…

 

Elle hurle à la mort !

Qu’on l’avale ! Qu’on l’annihile ! Qu’on l’ensevelisse !

 

Mais les déchets de sa vie s’allient à sa solitude, seules ces saignées antiseptiques semblent se souvenir de la fatalité.

La femme seule s’enferme dans la douleur, saisie par le supplice du délaissement. Elle simule ce sommeil malhabile, cette sieste sempiternelle. Ses mains, moulées dans le marbre sombre, maltraitent ses seins assouvis, malaxent sa féminité malvenue. Elles assujettissent ces mamelles malsaines. Ces mains meurtrières suent sous l’influence du mal carnassier de la maladie amoureuse, cette femme seule désire sentir le soulagement. Elle souille ses dessous, simule un orgasme insalubre – un de ces immoraux qu’on dissimule sous l’exacerbation des sens.

 

Elle aimerait seulement se délester, ressentir ce mal qu’une ultime seconde puis s’affaisser dans le silence salutaire pour des siècles de sang sans sens.

 

Le délice s’exauce, le Sommeil assourdit sa conscience. Elle meurt ici, sous les cieux des apparences et expire dans l’interstice de son hémisphère.

 

(Illustration d’Alberto Sughi)

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