Il y a deux ans, une pièce de théâtre m’a condamnée au souvenir. Manu Pratt est un éducateur au sens large du noble terme, son parcours s’efface derrière son message et il crève les clichés avec du vrai, du derrière les fagots, de l’essence de bas fonds… Encore bouleversée en en parlant hier à Lalou, je repensais à tout, à chacun des pas vers la mort que le condamné fait en titubant sur des éclats d’injustice, poussé par des hommes de peu de foi(e).
Si cette pièce « passe » vers chez vous, dans un de ces théâtres courageux (Manu s’est fait refuser cette pièce par certains théâtres qui prétextaient que c’était trop choquant ou pas assez vendeur…)
En écho à cette histoire, il y a quelques jours, un documentaire a été diffusé sur la RTBF2 sur Odell Barnes (http://www.fluctuat.net/livres/chroniques/odellbarnes.htm )…
Les profils des tueurs ne sont pas ceux que nous percevons à travers les petits écrans… le respect de l’homme, de la vie, l’éducation, l’intégration, la compréhension, l’acceptation, l’ordre par les mots plutôt que par les poings, autant de valeurs confinées dans des urnes de vote foireuses…
Pour revenir à la pièce de Manu Pratt, voici un article provenant d’un journal local du sud de la France (Pau), le Kiosque : http://lekiosque.lautre.net/article.php3?id_article=175
« Couloirs de la Mort »
Ami lecteur, aujourd’hui je t’emmène aux US.
« Tu vois, t’es un putain de mec normal. La peau très légèrement mate, marié, deux gosses, une petite maison et un putain de job banal. Un après-midi ensoleillé, tu demandes à ton chef si tu peux rentrer chez toi plus tôt, histoire de tondre ta putain de pelouse. Il est OK. Tu conduis en sifflotant. Tu te gares. Pas de bruit. Tu vas vers l’escalier et là t’entends des gémissements. Des putains de gémissements.
Tu montes, la porte de ta chambre est entrebâillée, et là qu’est-ce que tu vois ? Ta femme entrain de se faire baiser par ton meilleur pote. TON MEILLEUR POTE.
Qu’est-ce qu’il lui met ! Elle en meurt de plaisir. Tu t’enfuis en courant ? Non. Tu descends doucement et tu prends ton putain de MAGNUM dans le tiroir et tu remontes…doucement. Et là, tu ouvres et tu les éclates à bout portant. Les deux. Puis après tu deviens fou et tu pleures, tu pleures. Pourquoi ? Parce que tu les aimais ? Non Parce que tu les a flingués ? Non Tu pleures parce que l’État du Texas va te flinguer, toi. Voilà. C’est tout. T’es pour la peine de mort ? Ben, ça y est. Tu y es bientôt. Dans le Couloir de la Mort. Le Death Row. Le DR. »
Alors ? Serions-nous tous, si nous étions aux US, des « potentiels » du DR ?
Si t’étais le 17 Mai dernier à La Scène, Manu Pratt t’a fait une putain de visite guidée du DR. Visite est pas le bon mot. Disons que t’as grillé avec lui comme un poulet dans un four pendant une heure et dans une cellule de 3 mètres sur 2. Manu Pratt, c’est Gerald et Gerald c’est un Ricain qui, un jour, a flingué et qui après s’est fait flinguer par l’ État US. Manu et Gerald ont correspondu pendant 5 ans sur la Toile. Après elle a été interdite.
Manu t’a foutu un sacré coup de poing dans la gueule avec son monologue tiré de son amitié internaute avec Gerald !
A travers Manu, Gerald te dit tout : les matons qui l’enculent avec ou sans matraque, la merde qu’ils étalent sur ses cheveux avec la matraque, la bouffe synthétique, le steak annuel qu’il dévore comme une bête sauvage, sa femme qu’il voit enchaîné et à travers une paroi de verre de 15 centimètres d’épaisseur, et puis c’est dingue, tous ces matins qui n’en finissent pas où il se lève avec comme un couteau dans le dos et alors il veut s’enfuir et il se cogne contre le mur beige 2 mètres plus loin, et puis cette mort qui n’en finit pas sur la chaise électrique. Sa tête qui prend feu, ils appellent un réparateur qui remet les fils en place, cette fois il crame des jambes, 10,11,12,13, il crève ….adieu, Gerald, ils l’ont crevé comme toi tu écrases un moustique sur ton bras. Paf ! Et puis plus rien …une merde…
Manu Pratt est un sacré mec. Humoriste dans l’âme, il ne veut pas se laisser piéger dans le rôle du bouffon. Comme il a un coeur gros comme ça, il te parle aussi de la souffrance extrême : la déportation, la guerre, celle d’Algérie surtout, les prisons, la peine de mort, le DR…Avant de se consacrer au théâ
tre, il fut pendant 12 ans éduc’ chez les taulards. Il sait de quoi il parle et comme il t’aime, il te dit tout et en face !
T’as aimé l’autre soir ? Aimer n’est pas le mot.
T’as ressenti quelque chose ? Oui, alors on est pareils. On n’écrasera plus les moustiques de la même façon, bon on continuera, ça c’est la névrose, mais pas de la même façon, et ça c’est vachement important !.
Alors on se revoit à la prochaine pièce de Manu ?
Jean Raucoules”
Ici, je ne fais pas état d’un anti-américanisme primaire dont on m’a déjà accusé (à tort, je précise) mais bien d’un dégoût d’un système frauduleux qui est universel, d’une facilité à dissimuler les abus de pouvoirs et les dérives humaines, peu importe leurs origines.
Alors, c’est un coup de cœur qui vomit… restons vigilants !

