L’hOMME Hélium

Gonflé à l’azote pur, l’homme hélium dessine des ombres sur les plafonds à l’aide de ses cheveux d’encre sèche. Son cerveau imbibé de vapeur acide, il lance ses pieds dans le vide et rebondit sans cesse sur la tête des nains, trop bien membrés. Il assoit son autorité sur les soumis d’avance. Ses délices lubriques traumatisent des générations d’impuissants en puissance.

 

L’homme hélium parcourt les espaces libres, les champs magnétiques, il assassine tour à tour chaque personnage emblématique qui risquerait de renverser son apesanteur. La légèreté de son être n’a d’égale que la force de sa perversion. Il ratisse les couleurs chatoyantes, léchant les photos souvenirs. Il crève les « troisième œil » de seconde classe.

Il vend ses pensées contre des sacs plaqués or, il parie sur la fatalité et aime qu’on le supplie, car c’est toute sa vie. L’homme hélium aime les organisations sectaires qui rangent les libertés près du radiateur et comble les creux de gouffres.

De cheminées en friteuses crasseuses, d’escaliers trop cirés en murs salins, l’homme hélium dévisse et saccage les icônes, les anges et les fourmis. Il perfore les ventres des Vénus, avale les rires des Lolita et creuse dans les seins des Gaïa. Il plante encore et souvent son organe festif dans les fleurs de marbre, il collectionne les toisons animales, pour parfois se retrouver coincé dans quelques cotons râpeux d’un hymen carnivore.

L’homme hélium est une hyène pour les chiennes, son ventre crie boulimie.

 

Du haut de son arbre favori, il contemple ses massacres, se shoote à une réalité obsolète et aléatoire. Il vibre au cri des sillons tranchant les veines du monde et rit si fort que les objets se figent.

L’homme hélium s’envole une dernière fois pendant que les cris restent. Il survole les choses en se disant qu’il a bien vécu. Mais son départ n’est qu’un trompe-l’œil pour un monde qui produit des ballons humains à la chaîne.

 

 

(photo de l’exposition d’Antony Gormley: « Learning to think »)

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