ils en sont..

Je suis de bonne, bonne, bonne humeur ce matin. Y a des matins comme ça. Sur ma terrasse avec vue sur les tours obèses, j’observe le nuage blanc qui s’en échappe et qui me rassure. Les dunes de sable vidées des aoûtiens et des autres chiennes de faïence harmonisent un panorama profond et épuré. Quelle soirée hier soir, mes aïeux ! La gueule de bois dans les yeux, je rappelle les images au matin. Des simplets ont été exécutés, deux autistes embrochés et un trisomique guillotiné. Ces soirées inquisitrices me durcissent la matraque. Depuis des mois, nous en avons vidé des femmes voilées enceintes, étripé des jeunes vierges effarouchées. Il n’y a vraiment qu’entre nous que nous nous sentons réellement vivants.

 

Hier soir encore, nos chiens et nous vociférions à qui voudrait empaler de l’homme faible. Tuer du poète, trucider du rêveur, voici nos sujets de prédilection. Une sorte de soirée Torture et Tupperware pour hommes supérieurs cautionne la parité moderne. L’atelier découpage reste une activité ludique, qui lie nos ego dans une toile de puissance. Heureusement que nous n’utilisons les miroirs uniquement pour nous voiler la face, devant le monde bien pensant, je n’ose imaginer ce que hurleraient nos reflets à travers le filtre du politiquement correct ambiant. Pourtant, tous se taisent face à la désertification de l’Amazonie ou de l’Afrique, face à la pollution du plancton par les algues vertes ou toute autre hégémonie despotique provoquée par l’insanité de l’homme contre son environnement.

 

Nous, au moins, nous tuons à notre échelle, nous éliminons ceux de notre race. Nous prenons alors pleinement conscience de l’acte perpétré. En éradiquant les parasites de l’espèce plutôt que ses élites, nous encourageons la perfection ; laquelle même sublimée reste une digne intention. Nous cautionnons la symétrie des accords contre toute méprise génétique ou générationnelle.

 Nous sommes donc à la recherche de la plénitude de l’espèce. Nous devrions être félicités pour l’assouvissement du phantasme primaire de la nature humaine. Ceux revendiquant la bienveillance et la compassion sont de bien piètres hypocrites. Je veux bien verser une larme à la mort d’un ange déchu mais faut-il encore croire que le monde évolue vers une reconnaissance manichéenne primitive du bon et du bien ? Qui n’a jamais eu honte de vieux parents grabataires et séniles ? Qui n’a jamais eu envie d’étouffer un enfant qui pleure ? Qui n’a jamais rêvé de marier son propre clone ?

Si Dieu existe, il serait évidemment d’accord avec notre vision puisque ce monde qu’il aurait créé est un magma chaotique dans lequel l’illusion facilite la survie, dont l’instinct induit la destruction du soi, et conséquemment, de l’autre. Cette même destruction qui est un geste premier nécessaire au positionnement identitaire dès l’enfance.

 

Hier, nous avons ri, beaucoup bu, ces cocktails aux globes oculaires glacés, les petites attentions, les amuse-gueules de notre traiteur sont un ravissement à chaque partie. Au cours de ses soirées, chacun assume sa cruauté, jouissant ici, du regard hagard de la victime terrifiée, là, du bain de sang noir dans lequel baigne les corps encore tremblants.

Nous sommes le résultat d’une évolution permanente et assurée, le symbole vivant d’une conscientisation volontaire, définie par des règles humanistes plus directes que celles, insidieuses, argumentées par le Siècle des Lumières.

Ce matin, je suis de bonne humeur. Mon épouse recousue de quelques abus de la veille, remue ses morceaux de vitre cassée dans son bol. Nous sommes un couple de plus en plus heureux.

 

En récapitulant toutes nos actions, nos discussions, un goût sur me vient pourtant. Une bile somnolente emplit mon estomac. Je fuis l’idée qui m’inonde. Je me réjouis du droit et de la vérité dont nous gavons les égarés. Je sais que je suis même un précurseur de l’épuration technique des pauvres de corps et d’esprits. J’ai longtemps lutté contre la mansuétude abusive et autres attributs des faibles… Non… non… Les singes hurleurs sont des chiens errants dans ce monde rempli de futilités. Non, non… la lutte est aussi juste que notre cause. Vous qui criez, vous qui pleurez, quand bien même, ce dit enfer volontaire serait un trompe-l’œil devant l’éternel recommencement de l’humanité incandescente, quand bien même notre objectif serait obsolète, quand bien même nous serions la représentation d’une fureur caduque, l’erreur n’annule pas la valeur de l’effort accompli.

 
(illustration d’Eikasia: http://eikasiaart.free.fr/#)
 
 
CON-Texte:
ceci est un texte de dégoût, antonyme à mes convictions, je précise (dois je réellement?) pour les habitants du sous sol de la réflexion. Il a été écrit sous l’emprise de l’écriture automatique, inspirée de quelques photographies surréalistes et la fureur résidant dans mes tripes devant « leurs » actes.

2 commentaires

  1. ça me rappele mes soirées avec mes potes
    ou l’on faisait fuir les gens sur les chats en relatant des tortures en PV

    j’adhère violement à ces soirées ou l’imagination n’a de cesse de rivaliser avec le mauvais gout
    manque malheureusement l’évocation de scènes historiques – mengele, petiot – ou de films cultes – maniac, blue holocaust, driller killer – mais on te pardonnera volontiers

    tu n’as pas encore l’expérience…

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  2. algues vertes, boire, potins cinéFilmiques, Tupperware sur fond de Yorke, boire, aKa qui fait de l’importation de cire multicolore, Google à l’aveuglette, boire, Indiana Jones et la litière perdue, Julie-tte qui s’excuse de bons sentiments, boire, dénicher Les Infiltrés, Sophie Calle et Milady sont dans un hôtel, boire, Moz et sa réglisse…quand j’aurai l’idée astucieuse, taxi impatient (idée pour Moz : une sonnette clinquante), boire, à plus tard…

    et au fait, je suis malade, à bon entendeur, je vous embrasse.

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