six ans de malheur

Imaginez six ans de votre vie passée au Sanibroyeur. Entendez le bruit de tous ces instants perdus se noyer dans la tuyauterie. Comptez chaque seconde des millions de minutes pendant lesquelles vous brandissez la pancarte « plus jamais ! ». Imaginez six années de faits honteux, de messages de haine et de troubles du comportement. Imaginez six années de honte et d’humiliation qui vous font perdre le sens du jour qui se lève ou qui se couche.  Envisagez seulement que pendant six années, vous êtes dans une camisole de force tailladée avec juste un ru à traverser et qu’aucun de vos pas ne vous amène en avant. Concevez les litres de sel évacués pour nourrir un désespoir stérile. Supposez que le rôle de bourreau soit partagé entre deux suppléants, un actif et un passif, complémentaire dans la destruction. Estimez l’ampleur des tumeurs cervicales qui crèchent dans votre nuque pendant qu’on vous afflige un coup du lapin. Comprenez combien de courage il faut pour ne pas avoir le courage de fuir. Adjugez vendus les autres qui bouchent leurs orifices d’écoute. Jaugez les perpétuelles visions d’ailleurs et d’autres que vous injectez dans vos pupilles. Imaginez six ans de votre vie juché(e) entre un torrent et un gouffre en remettant en question chaque jour l’équilibre de cette brindille craquelant sous vos pieds. Concevez chaque geste assimilé à la tendresse comme une saillie venimeuse, chaque coup de reins conciliateur comme un sursis sacrifice, chaque baiser volé comme un décès ajourné. Imaginez juste six ans de conception chahutée, de vol de personnalité, d’injection de culpabilité, de folie assujettie et de désirs annihilés… imaginez seulement… et quand bien même… vous ne comprendriez GUERRE.

 

(illustration de Gilbert Garcin)

7 commentaires

  1. Pas besoin d’imaginer…
    Mais il y a l’échappatoire, pas la fuite, juste la porte qui marque un stop, un jour, au moment où l’on s’y attendait le moins.
    Alors là on imagine une reconstruction lente, partielle, avec un seau pour puiser forces dans ses plaies. Parce que ça fait avancer.

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  2. 6 années en prison dans une geôle russe
    6 années sur un lit de grabataire dans un mouroir loin de tous
    6 années échoué sur une île désertée par l’intelligence
    6années à faire ses courses alimentaires au carouf
    6 années à jeun
    6années avec une touffe de poils pubiens coincés dans la fermeture éclair
    6années à tousser comme un damné pour finir par mourir d’une tuberculose
    6années de sida et puis plus rien
    6 années de maternité et perdre son enfant
    6 années à se faire cogner par son mari alcoolique
    6 années de viols et d’incestes pour finir détruit à jamais
    6 années de guerre et de trouilles blanches quand ça bombarde
    6années en déportation
    6années de famine
    6années de rééducation dans un centre pour tétraplégiques
    6années d’amnésie
    6années de dépendance à l’héroïne
    6années de nuit dans l’hiver nucléaire
    6années de mensonges
    6années ratées
    6années nulles
    6années

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  3. ces années sont elles finies ou verrons nous encore une septième année?

    A chacune de savoir ce qu’elle veut…croire encore à l’amour et mourir, ou saigner le désepoir de la séparation pour espérer survivre.

    J’ai été le témoin de trop d’expériences comme celle là…pour croire à une autre issue possible.

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