Ode à Garçon Laid (rencontré il y a peu)

Garçon Laid a grandi de travers, ses mains dans les poches, des yeux dans les trous.

Son envergure déficiente, ses cheveux déserteurs, ses yeux fuyards, et ses mains tordues font de ses moindres paroles des crachats cyniques, des déjections pathétiques. Il vit mal. Il se branle sur tout mais ne change rien. Garçon Laid a fait des études, pour être sûr de tout juger. Il analyse les petits et les grands mais n’a le droit de jouer avec personne. Quand il se moque, c’est quand il a peur qu’on se moque de lui. Et quand bien même on se moquerait de lui, il lancerait sa pierre d’ironie ou un caillou de dédain sur qui lui prêterait attention.

 

Garçon Laid dit qu’il est omniscient. Oui, il a lu les Auteurs, il a écrit des pamphlets, des diatribes et il a même des amis dans la politique ; ces pourceaux d’influence, ces serpents à tête de chiens. Ces amis pratiquent le rire comme le sexe adultère et quelques autres déflagrations de conscience avouables seulement en cercle fermé. Le club des sous entendus et des clichés scabreux déborde mais il n’est ouvert rien que pour leurs comparses. Ils se reconnaissent à leurs grognements à peine sonores et à leurs bougonnements sempiternels.

 

Garçon Laid, parfois, se demande bien ce qu’il fait dans le monde. Son cynisme le rend immobile et sa haine, stérile, alors il vagabonde de milieux en milieux, il erre dans des sphères qu’il finit toujours par rejeter. Mais son départ prend beaucoup plus de temps qu’avant, à croire qu’il hésite, malgré toutes ses certitudes.

Quelquefois, on pourrait penser qu’il est attendri ou en attente, comme si finalement, Garçon Laid n’avait pour seul jouet, qu’un hochet cassé et une voiture sans roues et que l’accès au préau ne lui avait été interdit que par sa seule volonté.

Garçon Laid a un bilboquet à la place du crâne. Le monde est la boule qu’il tente de pénétrer mais il est si maladroit que la boule lui casse la tête à chaque coup.

Garçon Laid finira seul, comme il dit l’avoir toujours souhaité.

 

Allez, Garçon Laid, avoue que tu voudrais bien vivre pour de la vraie, hein ?

 

et pendant ce temps, les Shadocks pompaient, pompaient…

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