Définition 1 de TARTARE :
Selon la mythologie classique, l’empire des morts était gouverné par Hadès (ou Pluton) et sa femme Perséphone (ou Proserpine). Cet empire était, selon l’Iliade, situé sous les lieux secrets de la terre ; selon l’Odyssée, le chemin qui y mène passe par-dessus les confins de la terre et traverse l’océan. Les poètes moins anciens le font communiquer avec la terre par de nombreuses entrées situées dans les caves, crevasses et lacs profonds. Le TARTARE et l’Erèbe sont parfois donnés comme deux régions du monde souterrain, le plus profond, le Tartare, étant alors la prison des fils de la terre et l’Erèbe, le lieu de passage que traversent les ombres à l’instant où survient la mort. Mais souvent, il n’existe aucune distinction entre ces deux divisions et les deux noms sont tour à tour employés, surtout celui du Tartare, pour désigner l’ensemble du royaume souterrain.
Dans Homère, ce royaume est « un monde vague et ombreux habité par des ombres ». Rien n’y est réel. L’existence des esprits – pour autant qu’on puisse parler d’existence – n’est qu’un rêve misérable.
(La Mythologie, Edith Hamilton, Ed. Marabout Université)
Définition 2 de TARTARE :
Tartare, c’est aussi – moins philosophiquement – le steak tartare : cette viande crue servie avec un œuf cru, des ingrédients bruts, morts mais dans lesquels subsiste un souvenir de la vie. Un magma qui reprend, selon les termes de Roland Barthes, tous les états de la matière : « la purée encore sanguine et glaireux de l’œuf, un concert de substances molles et vives. »
Mon ressenti sur cette pièce :
Hier soir, donc, au théâtre de la Balsamine, un vertige appliqué, une visualisation de damnation déclinée humour ironique et en décors magiques. « Tartare » de René Bizac nous (mon homme et moi) a remué. Les cris de la femme qui séduit le vide et qui hait la vie qu’on lui a insufflée et qu’elle a finit par cracher en un embryon développé, le Monsieur chocolat qui s’empiffre de télévision et de cynisme pour mieux s’enfoncer dans l’immoralité affective, les mouettes noircies par le pétrole qui ne rient plus du tout, Alice au pays des archives qui n’est qu’une odeur dans les yeux des Autres et la « factrice » qui se fait ouvrir la gorge comme une vieille facture indésirable… les rôles sont interchangeables dans cette pièce de résistance au rêve. Ils sont bien morts mais ils sont dans le monde de l’illusion de l’existence. Ils expectorent leurs rêves sans ne jamais pouvoir guérir. Ils sont les bourreaux des victimes puis les victimes des bourreaux. Mode binaire de la vie et de la mort. Le bal des pendus se perpétue, un « Huit Clos » qui mêle claustrophobie à poésie. Les répétitions de fragments, la syntaxe désordonnée des acteurs mélangent notre envie de vivre avec la petite touche suicidaire qui réside en nous. La ‘Metteuse’ en scène, Manu Matthieu, veut provoquer le vertige ? Nous rappeler que la vie n’a qu’un sens unique : la mort ? Nous faire prendre conscience que l’humanité fragile lutte contre son propre bien-être ? c’est réussi.
Ma morale de l’histoire :
Après la pièce, l’homme que j’aime et moi sommes restés un peu sur nos sièges de bois clair, à contempler les toiles de la scène et les manteaux bruns, vidés des comédiens. Puis, un peu après, il m’a dit :
« Depuis que mon présent est épanoui avec toi, depuis que j’aime ce que je vis, après avoir envisagé toute sorte d’après-mort, de résurrection, de réincarnation, de vieS après la mort, je me suis dit dernièrement que s’il n’y a rien après la mort, finalement, ce n’est même pas grave, parce que j’aurais eu ce que j’ai avec toi maintenant. »
Quand les morts parlent aux vivants comme dans cette pièce, ça fait parler les vivants, et donc, exalter la vie des morts fait vivre les vivants* et ça, c’est vraiment une bonne nouvelle !
*j’ai juste envie de retourner la phrase pour essayer : exalter la mort des vivants fait vivre les morts… ça marcherait presque ! 😀
Théâtre : http://www.balsamine.be/tartare.php
René Bizac: http://www.theatre-contemporain.net/auteurs/bizac/default.asp
(Photo de fin de spectacle: le manque d’équilibre du choeur de smorts)


EXHALER la mort des vivants feraient vivre les morts…
J’aimeJ’aime