dormir ou coucher…

J’ai dormi dans mon berceau, dans les poussettes,

Sur des rouleaux, comme sur des roulettes

Dans des cerceaux, comme dans un serre-tête,

Dans des manteaux, et dans les toilettes.

 

La rue se permet de donner à la liberté la saveur de relents de sanitaires dégorgeant. La rue colore la jeunesse d’une teinte de mort annoncée. Les trottoirs d’urines chaudes semblent murmurer au creux des cartons que le bal des pendus peut débuter. « Dansez et chantez, rien d’autre ne vous fera rire » disent les courants d’air froid.

 

J’ai dormi dans cent vingt lits, dans les fougères,

Près d’hommes si gris ou de gars trop pubères

Au fond de puits ou sous la mer

En chien de fusil ou en pose vulgaire.

 

Les hommes et les chiennes s’endorment d’épuisement à la laide étoile, collectionnant canettes et catarrhes. Les verres s’entrechoquent parfois, au cours d’un cocktail dînatoire improvisé, urbain, composé de petits pavés et amuse-gueules périmés, trinquant à la meilleure fortune et une santé fortifiée, pourtant toutes deux noyées dans une soupe de boue et de litres de sucs acides.

 

J’ai dormi dans mes mains, puis sur des écorces,

Sous des matins bruns, assise sur mon torse

Au fond de petits reins, sans aucune force,

Couches de fusains au confort de fosses.

 

La fierté des uns empiète sur la faiblesse des autres. Je me souviens des bancs, des parcs et des pigeons. Je me rappelle le camion poubelles réveil matin, je sais le sandwich verdâtre, j’ai vu la peur des nuits, je connais la quête de la douche chaude. Les identités bafouées saluent bien bas les billets éphémères. Souvenirs pollués de regards dédaigneux ou de reculade dégoûtées. Aujourd’hui, il me reste un instinct de survie amplifié.

 

J’ai dormi dedans et couché dehors,

J’ai dormi satin et couché putain

J’ai dormi coussin et couché crottin

J’ai dormi diamant et couché remords.

J’ai dormi dedans et couché dehors.

 

 

(Illustration de Nick Turpin: « STEPS I HAVE MADE »)

7 commentaires

  1. Je n’ai couché dehors qu’une seule fois…Il faisait trop froid et je ne voulais plus boire…Je ne me suis senti libre qu’une seule fois, la nuit m’a dévoré du gel tant que j’en ai pleuré. Je me suis senti perdu tant de fois sans amour sans un un feu…J’ai dormi sur le pailasson comme un bon chien…J’ai mangé mon ronrron Jusqu’à n’avoir plus faim.

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  2. Bonjour ! Est-ce que je vous ai manqué ? M’attendiez-vous ? Allez, sois/soyez sincère(s), vous demandiez-vous si j’allais encore venir jouer les fouteurs de merde ? Réjouissez-vous, je suis là ! Préparez vos tartes stylistiques ! Alors, juste encore l’une ou l’autre petite chose. D’abord, bravo à tous pour le soutien apporté à Milady. J’aurais fait exactement la même chose si, au royaume du blog, je n’avais pas choisi le rôle du ‘fouteur de merde’. Fouteur de merde, peut-être, mais, croyez-moi, j’y apporte autant de soin et de conviction que vous qui « débloggez ». Pour parler comme vous, je dirais que c’est ma liberté à moi, une sorte d’expression parasite ! Pas « courageux », facile aussi, certes ! Mais nettement moins gratifiant ! J’ai beaucoup moins de « fans » que vous tous qui l’êtes tellement l’un de l’autre. A chacun sa manière d’être haï par les autres pour être mieux aimé de soi-même.
    Ensuite, Milady, j’ai bien lu ta réponse, en fouteur de merde attentif que je suis. Tu as certainement très bien compris mon message : par exemple, pour ne reprendre qu’un passage, les eurocrates ne suscitent en moi pas la moindre réflexion. Puis il y a pire ! Certains sont fonctionnaires européens (…) ! Mais, en fouteur de merde que j’ai choisi d’être, j’ai aimé pincer juste. J’ai aimé de te dire « Petite, pas beau de cracher dans la soupe ! ». Milady, les autres peuvent tous se déchaîner encore, toi seule sais si je n’ai pas peut-être un peu … raison ! Ne t’aurais-je pas bien lue entre les lignes ? N’est-ce pas aussi intéressant d’être lue ainsi ? Ça te fâche peut-être mais ton coup de gueule récompense mon travail. Te rends-tu compte que je t’ai peut-être mieux lue que tous ceux qui t’encensent ? Il y a mille façon de lire. Bernard Brisfer te remercie, vous remercie tous. Je m’en vais ailleurs mais je promets de venir voir si vous me dites adieu. J’ai repéré un blog créé par une petite normande passionnée de cuisine. Je me sens déjà en appétit mais elle me donne juste envie d’être gentil. Parfois, je connais l’ennui.

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  3. les fauteurs de merde ne faisaient pas des adieux de drag queen, ils partaient quand ils trouvaient pire… y a plus de vieillesse, mes amis!!

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  4. comme il est agréable de se faire dire la vérité par celui qui sait…quand soit même on ne sait rien. Que le grand dise à ses quatres vérités à la « petite » lui permet d’oublier son microscopisme inquiétant à l’echelle des yeux qui s’ouvrent.

    Merci pour cette belle leçon qui vous glorifie vraiment monsieur crotte de mouche.

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