La fontaine de Sainte Sulpice.
Ils sont encore jeunes. Garance et Baptiste se roulent une galoche avec langue, dents et palais des désirs. Garance a posé sa main gauche et blanche sur la joue droite et rouge de Baptiste. Baptiste a ses mains là où il peut. Les pigeons borgnes et « uni-pattistes » de la place roucoulent de jalousie, ce n’est même pas le printemps. Garance vient de dire « je te désire » pour la première fois depuis 24 jours qu’ils se touchent quotidiennement. Baptiste a alors senti un épais brouillard dans ses idées et une puissante action de poulie mécanique se déploie ensuite au premier étage de son anatomie. 23 jours d’attente le porte à l’orée de son espoir. Rue de Rennes. Ascenseur en fer forgé. Quelques petites marches. Un parquet ciré qui craque. Le monde de Garance.
L’appartement bourgeois surplombe quelques avenues Haussmann. La structure organisée de la ville contraste avec les dédales du cocon familial. La chambre de Garance est sous les combles. Vanille Bourbon. Photos des parents. Présentation par contumace. Son père, gentil mais absent, double la voix de Tony Curtis en français. Sa mère, stricte mais juste, travaille à la Médecine Légale, elle pratique les autopsies. Garance collectionne les paquets de cigarettes. Garance aime Marcello Mastroianni et les films de Bergman. Baptiste n’aime que Garance. Garance apprend le djembé. Garance aime l’art conceptuel, Radiohead et Noir Désir. Elle dessine des calligraphies chinoises. L’été dernier, elle était au Kashmir. Baptiste n’aime que Garance.
Garance allume des bougies, un cône d’encens et le feu dans le regard de Baptiste. Chaque geste est langoureux, lent, long. Elle frôle Baptiste et lui envoie des regards velours théâtral. Elle se lève pour mieux se rasseoir.
Une couette. Deux mains. Quatre lèvres. 76 degrés. Mille cheveux.
Elle mange, elle croque, elle déchaîne, elle virevolte. Elle contrôle.
Il embrasse, il lèche, il attrape, il équilibre. Il recense.
Elle le brûle un peu, l’attache deux fois, le doigte une seule fois, le dévergonde pour toujours, lui apprend tout. Trois fois dring. Cent fois ‘merde’.
Elie ? ouiiiiiiiii. Garance rit. Baptiste contemple le corps mirifique de celle qui s’est donné à lui.
Le ventre de Baptiste sursaute. La bouche de Baptiste régurgite. Elle a dit « viens ! » à l’autre.
La désirée va chercher des madeleines au beurre, des Chocoletti praline et noisettes, du Coca Light. Elle a une serviette autour des hanches et trimballe sa poitrine devant les gros livres de son père. Le désirant la veut calme, proche et douce. La femelle papillon joue. Elle est floue.
Une fois dong. Un milliard de fois ‘putain’.
Garance file plus vite que la pénombre et attache ses cheveux en poursuivant sa chevauchée d’amazone nympho. Baptiste la hait pour un court instant. Il hurle en un murmure douloureux. Ses ongles lacèrent le creux du lit.
Puis, il écoute attentivement, passivement.
Smack. Smack. Smack. Trois bises et puis s’en va? Non ! Elie reste, pire il arrive. Baptiste remet jeans et Tee-shirt avec la précipitation du cocufiant. Garance violente la porte de la chambre. Baptiste, Elie. Elie, Baptiste. Main cryogène contre main croustillante. Rire de la traîtresse. Bousculades des hommes. Elie a le nez droit, les cheveux obscurs. Baptiste entoure sa femelle de ses bras fiers.
Garance propose un film, un truc, un machin…
La salle du bain.
Garance a mis des sels de Bretagne, des bulles de savon nacré, des perles de perlimpinpin dans la cascade. Elie a enlevé son Sweat Nike et ses baskets Puma. Il chante, appuyé sur le balcon en enlevant Garance dans son air de rien. Il plonge son espoir dans ses reins pendant qu’elle coupe les ongles de pieds de Baptiste. La musique est solitaire. Les trois jeunes se dévisagent en long et surtout en travers. Baptiste n’aime que Garance. Baptiste n’aime que Garance.
La buée chaude s’évapore avec les espoirs de Baptiste. Sur le miroir, Garance écrit:
« Je vous désire ». Baptiste lit la sentence à l’envers et parle enfin. Des « non ! », des « mais ! », des « pourquoi ? » fusent. Elie garde le silence du vainqueur. Garance s’installe sur le rebord de la baignoire, jambes au chaud, corps au frais.
Une bouche, deux bouches. Des doigts retenus. Des regards insolents.
Une bouche, deux bouches, trois bouches. Des doigts partout. Des yeux fermés.
Une bouche, une bouche, une bouche. Celle de Garance entre deux trous béants et belliqueux.
Une bouche. Trois langues. Éclaboussures d’eau, de mousse. Jeux libérés. Champ de bataille orgasmique.
La Seine.
Garance pleure. Un peu. Garance est sous le choc. Garance est punie. La tête ensanglantée d’Elie tape contre l’anneau d’attache des péniches. Le corps froid, dur et franc glisse sur la mousse des quais Le courant emporte le troisième. Baptiste n’aime que Garance.
© Milady Renoir
(Illustration de Man Ray)


A quand le film … ?
Même un court métrage mérite cette esquisse …
Mais encore … les budgets fuient …
J’aimeJ’aime