Cet homme trône sur un siège malade, mais il ignore la faiblesse du corps, la résignation du chaos. Son esprit erre entre pouvoir et orgueil. Son oeil jaune fixe les pinacles, il posera le pied dans l’or, son ultime certitude de la réussite s’accomplira, son idéal est devant lui. Le crâne serti de mort, il surplombe les cieux béants crachant leur férocité sur le nouveau monde. Les brumes aveuglantes ne défient pas son obstination belliqueuse.
Avide d’une grandeur impériale, il pose sa main froide sur sa sibylline descendance, toute teintée d’angoisse, transpirante de la torpeur fébrile qui éveille tant la frénésie amoureuse de son père. Il a tué, tuera pour sa fibre, éliminera toute impureté, chaque salissure, il fera vomir leurs ventres gras qui tapisseront la rivière de chairs pour qu’elle traverse à gué. Ces charognards n’ont pas l’âme juste et noble, ils boivent le vin ou la lie de la même ignorance assoiffée. Ils dévalent les chemins, les pentes, gravissent les rochers comme des sangsues malhabiles, sombrant dans les entrailles de la folie, sans vergogne, sans bile.
Les voiles du navire humain s’effilochent à chaque rempart de nature, le mât tambourine contre les tempes de celui qui est choisi parmi tous ceux-là. Leurs cris sont l’écho de sa prise de pouvoir. Chaque mètre gagné rappelle l’entaille dans la raison. Ils avancent, leurs visages tatoués de nébulosité, sourds et muets, estropiés de leur première humanité. Ils sont ses semelles, le cuir de leur ombre est raide.
Le lendemain n’existe que dans un repos noir. Il reste debout, tel un pieu planté dans la Matière, les sols lui appartiennent, le limon des hommes coulent sur le flanc des montagnes, il ondoie dans l’extase. Son radeau d’arbres longs dérive, infecté de singes hurleurs. Rien n’arrête sa course, pas même la chute, ni même le funeste. Il plante son doigt le plus vengeur dans le soleil, le crève en plein centre, riant fortement, et décide alors que la nuit remplace la vie et que l’or inocule l’astre jaune.

