http://www.eclipshead.net/, fanzine multi-culturel… extrait: Jean Rustin
D’abord regarder… ensuite, avaler sa salive… maintenant, respirer, ce n’est pas qu’un mauvais moment à passer.
Si on ne s’est jamais (re)trouvé enfermé dans une pièce sans fenêtre, au pied d’un mur sans coin, on aura peut-être du mal à assimiler la crainte, l’angoisse qui se lit dans le rose chair bonbon de certaines peintures, on prendra alors sa dose de choc, son cliché du glauque sans se retourner sur l’humanité écorchée mais bien vivante des sujets de Jean Rustin. « Ce qui n’en finit pas de s’absenter tout en étant là » (Bernard Noël).
Quelques comparaisons honorables avec Zoran Music, Paul Rebeyrolle, ou Francis Bacon, et même Alberto Giacometti peuvent donner le La, mais la tonalité Rustin est une assonance pour l’abstrait ou le figuratif simple. L’anti-érotisme des dessins, des matières humaines, la crudité des exposés dénature une probable pornographie de l’âme, élimine toute impudeur caustique. À chaque niveau du regard, nous sommes chez Jean Rustin, ses amis rôdent le long des carreaux d’une salle de bain, tombent de chaises trop grandes, ruminent leur cœur avec des bouches béantes, les doigts dans des sexes trop peu féconds, sexes plus organiques que physiques, sexes plus présents qu’actifs.
Il n’y a pas de jouissance, ni de plaisir dans l’œuvre du presque septuagénaire, on trouve souvent un sourire figé, une expression naïve. Mais de tous ces étranges modèles, on entend le cri strident entre deux silences d’hôpital, on sous entend qu’ils gisent entre un lit de fer et la terre. Ces gens-là, aurait dit le Grand Jacques, ces gens-là ne sont pas comme nous… mais bien sûr que si, ces gens-là font partie de nous, ils composent une strate oubliée de notre être, une lésion pétrie d’instinct de survie maladroite, aguerrie par une société idéalisante.
Jean Rustin ne met rien en scène, il dévoile ce qui se terre dans l’évidence, nous souffrons de manquer d’une liberté de l’étrangeté, nous craignons de sombrer dans la béatitude du commun des mortels… mais tout en évitant de vouloir leur ressembler, nous rejetons la part de solitude qui nous lie aux autres.
À découvrir : Rustin « Le gris de la douleur » – exposition du 15 octobre au 26 novembre 2005 – (Vernissage Vendredi 14 octobre 2005 à 18h30) au Salon d’Honneur de l’Hôtel de Ville de Bobigny, 31 avenue du Président Salvador Allende, F-93000 Bobigny
(Horaires d’ouverture : Mardi au samedi : 14 H – 18 H & Vendredi : 14 H – 19 H)
Tenez vos carnets de voyage en attente… En effet, suite à un atelier d’écritures que j’anime à Bruxelles, l’idée d’exposer les textes écrits autour de l’oeuvre de Jean Rustin a été proposée au MAC (Modern Art Center). Jean Rustin a trouvé l’idée riche, le directeur de la Fondation Rustin est emballé… projet en marche dans l’espoir de se concrétiser début 2006.
Liens : www.rustin.be & www.idartists.com
Un texte écrit sur « le ventre rose » de J. Rustin le 2/8 : Ici.
– Milady Renoir –
(autre article sur « La Bouche de Francis Bacon » de Michael Gira)
Tournez les pages imaginaires de ce magazine bigarré, incroyablement érudit et terriblement engageant…

