Week-end films et glandage. 1n p’tit résumé pour mon ressenti, ma mémorisation et pour la recommandation (+ ou -).
Ciné:
Batalla en el cielo de Carlos Reygadas. Le choc du blanc, du fade et du aigre, un film qui n’a que la couleur de la violence, de l’apathie morbide, sans ciel, ni enfer, puisque tout semble mélangé, trouble. La seule douceur de ce film est massacrée par la froideur crue de personnages brutaux. Mexico serait la ville la plus polluée du monde ? les rumeurs ne mentent pas, mais la pollution est plurale. Aucune façade de Diego Riviera en vue, aucun portrait chamarré de Frida Kahlo, aucun panache folklorique d’un Mexique chaleureux, ici, il y a le béton, le trafic routier et humain, les murs brimades, les angoisses religieuses, la monstruosité des âmes perdues. Une barbarie omniprésente et une humanité sacrifiée sont les sentiments qui regorgent de ce film. La cruauté des éléments est vivace. Le laid, le miséreux, l’inadapté trouvent ici une extase que personne ne peut envier. La rédemption n’est que dans la mort. Les images coupent l’esthétique, le sexe troue l’écran. Le gras, le gros, l’énorme nous rappelle au bienheureux, au bon vivant mais l’être est trop cruel sans le rêve approché. Un film à observer sans sombrer, recommandé pour une réalité obscure non sublimée, dont on sort dépossédé de fantasme, déserté d’insensibilité.
Je cite une critique du Monde (à lire entièrement) qui se rapproche complètement de mon sentiment face au film de Reygadas :
« « UN AFFREUX HURLEMENT ». Il y a chez Reygadas, comme chez Georges Bataille, fusion du morbide et du sacré, de la douleur et de la jouissance. A l’issue des actes que d’aucuns qualifient d’obscènes, une larme coule qui trahit souffrance ou béatitude, la caméra s’élève au-dessus du lit sur lequel gisent les corps apaisés, le coït tendre dépeint comme un opéra sublimé apaise les corps tourmentés avec la bénédiction du Christ.
« Ô pauvres corps tordus, maigres, ventrus ou flasques« , écrivit Baudelaire, l’homme des foules attentif aux cloches qui « tout à coup sautent avec furie et lancent vers le ciel un affreux hurlement« . Comme le poète, Reygadas « trône dans l’azur« et traque la beauté à la sortie de l’abîme. L’écrivain mexicain Octavio Paz, aussi, pourrait être convoqué comme complice du cinéaste, lui qui célébra la présence d’« un tremblement, un malaise, un vertige« dans le sublime, la puissance avec laquelle « la sexualité se manifeste dans l’expérience du sacré » : tout amour est une révélation, écrit Paz dans L’Arc et la lyre, « qui nous amène à proférer des paroles qui ne sont guère distinctes de celles qu’emploie le mystique« . »
DVD (2ème ou 3ème visionnage):
1- Sid & Nancy de Alex Cox. Alex Cox aime les Stars qui roulent d’un état extatique aux excès des égouts, ses films regorgent de personnages déchus, au destin tragique, le thème de la trahison est omniprésent. Pour référence, son film avant Sid & Nancy s’intitule « Scared » and celui d’après « Straight to Hell ». Sid Vicious (bassiste des Sex Pistols) et Nancy Spungeon sont les icônes du détournement de vie, de la passion ravageuse… « Love Kills », surtout quand il sort tout droit et chaud d’une aiguille teintée de brun brûlé. La biographie de deux êtres volatiles et égarés dans une Amérique sans bornes. Prophétique ? Dans ce film, une actrice figurante semble avoir voulu récidiver l’expérience vécue des héros dans sa vie… Courtney Love.
(à écouter, même si (presque) aucun rapport : Nid & Sancy)
2- 21 grams de Alejandro González Iñárritu’s. Après un “Amores Perros” transcendant, Hollywood s’est emparé de l’ex-DJ mexicain pour faire une production au casting sublime. Mais la caméra à l’épaule, les thèmes du refus de deuil, du pardon, du destin sacrifié, de la foi contestée, comme si une dose de Mexique s’était calquée sur un mode de vie américain et une mise en scène en puzzle, mélangent plus de genres et de vies que dans une production à gros budgets. Bouleversements satellites, tout est nourriture pour l’émotion.
«On dit que nous perdons tous 21 grammes au moment précis de notre mort… Le poids de cinq pièces de monnaie. Le poids d’une barre de chocolat. Le poids d’un colibri. 21 grammes. Est-ce le poids de notre âme ? Est-ce le poids de la vie? ».
3- Northfolk de Michael Polish. Un esthétisme noir, comparable aux mondes de Robert & Shana ParkeHarrison, Magritte ou Emir Kusturica, une mise en scène extrêmement chiadée, des acteurs hors pair, un conte ténébreux qui joue avec des anges morbides et effrontés, des croque-morts de gouvernements fourbes, des coquecigrues d’une mythologie biblique et infantile, et au centre, un enfant « prophète » qui choisit sa mort… L’exode affectif, tel une parabole de la déshumanisation universelle, révèle une poésie métaphysique. Un film surprenant, baroque parfois un peu lent, imbibé d’un surréalisme attaquant les marcs du désert humain. Une vraie surprise, un contre emploi du cinéma « blockbuster ».
Et
Pendant ce temps, Eliott naissait à moins d’un kilomètre de chez nous… une tendre pensée pour un filleul sublime…
(photo du film Batalla en el cielo)

