« La Femme Fantôme (The Bogus Woman), pièce écrite par Kay Adshead.»
Critiques de cœur et contes de poings de 3 femmes témoins, accompagnées silencieusement d’un homme de loin en guise d’appui têtes.
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••• Salomé ••• :
Nora, immigrée
Emmeline, « française », Européenne (être humain)
Suzy Juive arabe teinte en blonde pour masquer sa différence, immigrée
Arvind, Indien immigré
tous déchirés devant la femme fantôme qui vit là quelque part en nous.
Journaliste ayant commis le crime de « faire son boulot » et qui voit sa famille décimée juste parce qu’elle a osé! Alors il y a la convention de JE REVE, celle qui soit disant va faire respecter les droits de l’homme, permettre une demande d’asile
NO FUTURE
Le pays d’accueil devient pays d’écueils
Et la femme fantôme vous jette à la gueule toutes les réalités ignorées et renvoyées bien édulcorées par les medias
Un chemin de DAMAS où règnent brimades, sarcasmes, attitudes dégradantes de petits fonctionnaires de l’immigration qui mettent en doute le meurtre de toute une famille et le viol collectif en représailles des articles critiquant le régime du pays
La femme fantôme est bâillonnée dans l’anonymat des centres de détention, victime d’humiliations de cruautés et de perversités en tous genres inhérentes à son statut, ou
Devrais je dire à son non-statut en butte à tous les clichés, à toutes les ignorances
La femme fantôme vient du soleil, de la lumière, d’un continent de luxuriance, dont les colons ont tiré largement partie, mais ne sont pas prêts à « renvoyer l’ascenseur »
« au clair de la luuuune, mon ami pierrot«
elle est gazelle plantée sur une scène d’ombre et de barbelés, elle subira la loi de la jungle des percussions – ‘persecussions’ qui lui donnent la réplique
elle cherche la lumière, mais ne la trouvera jamais, elle n’a plus de racines, on lui coupe les ailes
« viol au dessus d’un nid de coucous »
fermer les yeux, les oreilles, les frontières
vivre et laisser mourir
« nous sommes tous les métèques de quelqu’un«
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••• Milady Renoir••• :
Les tambours du Bronx universel frappent, les grelots et autres cloches de rituel protègent les esprits. Une musicienne, soeur de corps de Tracy Chapman ferme les yeux, ouvre sa gorge, amène l’obscurité. Puis, une valise, des barbelés, une ligne de terre noire au sol, la scène est grande, plus grande que notre horizon confortable. Les premiers mots sont foudroyants. Les propos dépassent la scène, nos murs, notre « territoire ». Nul besoin d’artifice pour sentir la poudre de la guerre. Le combat contre l’indifférence est une lutte personnelle, sauf qu’ici, des millions d’individus griffent leur vie au portillon, lequel rappel des camps de concentration à peine refermés.
Dans chaque mot, une balle. Une balle, « pour attaquer ou pour défendre ? », rappelle un journal quotidien belge. Il faut donc regarder, écouter attentivement ce que la Femme Fantôme récite, tel un griot hagard sorti d’un tombeau de millions d’humains.
*le voisin de gauche, la chemise à carreaux sous le pull col V, pose sa tête sur l’épaule de sa voisine, blonde et sérieuse, comme un Renault Mégane, « c’est trop long comme pièce », murmure t-il.*
La lucidité tue autant que l’autorité désobligeante, laxiste, noyée sous le flot de désespoirs en quête d’asile affectif, social, humain. Où est l’île quand on cherche la Terre. Alors les pauvres « On(s) » chiffrent plus qu’ils ne regardent.
*le groupe de quatre jeunes étudiantes, arborant tissus indiens, épingles à cheveux en arabesques et foulards écologiques, s’impatiente, le langage corporel avoue une lassitude… « A quelle heure est le dernier bus ? »
Le berceau de l’humanité tangue trop fort, les souvenirs gisent dans des greniers d’âmes profanés. Les murs porteurs calcinés, corps vivants désacralisés, « le temps recule plus qu’il n’avance ». « S’il vous plait, je peux avoir un verre d’eau ? » Non, s’il ne nous plait pas, pas de papiers, pas de verre d’eau. Faux papiers ? Fausse vie !
Quand une journaliste se fait écrasée par des presse-papiers désabusés, les matons tortionnaires parce qu’enfermés – eux aussi -, un avocat atone, quelques vautours aveugles, des hommes sans but, des femmes sans gloire, des culottes déchirées, des principes labourés, des nuques brisées, des bouches asséchées.
Dialogue réel entre deux êtres paumés sur scène, une victime, un bourreau, vieille histoire, récit contemporain. Deux humains à l’extrême l’un de l’autre. Sur scène, une seule femme raconte la énième humiliation dans la cour des obstacles, les deux personnages s’entrechoquent en une bouche suppliante :
– C’est combien ?
– £25…
– tu rigoles ? £10 !
– £15.
– £10 et c’est tout, et encore, seulement parce que t’as de beaux nichons… et je te prends dans le cul !
*Rires d’une dizaine de personnes dans la salle. Le voisin de derrière rallume son GSM, la pièce n’est toujours pas terminée*
Les charniers ouverts ont pignon sur rue, les vitrines au néon rouge recouvrent la ville, les morts vivants rôdent dans nos caves politiques, les ruelles se désertifient de regards propres, sains. L’hygiène des assassins débute dans l’apathie. Lave toi les mains après le journal télé et va te coucher.
Là bas, il y a une différence de Dieu, de sens, de culture mais les gènes et le sang rouge sont analogues. Bande d’exogènes ! La dette extérieure n’a aucun dénouement, il faudra rayer des cartes pour aplanir les reliefs, remplir les gouffres. Ah mais ça ne doit pas nous empêcher de vivre, tout commence dans un élan.
« Ce petit rectangle gris qu’est l’Angleterre », ce petit quadrilatère raide et froid qui reste gravé sur le coin de l’œil de la femme fantôme, ce minuscule pays rigide, protectionniste, nordique la transporte, elle, le numéro de bétail tatoué à l’encre d’échine, de pièces exiguës en salle d’interrogatoire, de tribunaux en fourgons de police, de stèles en soutes. Voyez, ça ne s’est pas passé si loin de chez nous.
*le groupe de collègues, soulagé du calvaire de la pièce, se reforme sur les sofas du bar du théâtre. « Ça te va mieux, les cheveux courts… », « J’ai pas tout compris quand la comédienne dit que … », « ce feu de bois, ça donne envie de partir aux sports d’hiver », « bon, les livres d’Amélie Nothomb mériteraient d’être adaptés au théâtre »*
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••• Hypathia (alias Nora) •••
Une femme sans nom – Un femme sans pays – Une femme sans futur qui voyage léger mais qui traîne un passé bien lourd. Violée, battue, torturée physiquement, moralement…
Cette femme, c’est eux, c’est « gens-là » ceux qu’on plaint volontiers en société pour qui on achète tel produit Oxfam parce que c’est tendance d’être altruiste mais qu’on ne voudrait pas avoir chez soi.
« Pardon. Je sens ».
Femme sans futur, sans présent, prisonnière de la machine administrative de la civilisation occidentale. Son passé est son avenir dans la mesure où les braves gens
« bien comme il faut » la renverront chez elle « là bas » où elle mourra assassinée à cause de ses mots « putain de mots ! »
Le texte est intriguant et saisissant, les mots sont simples, durs, sincères. Mélange de poésie, d’humour et de drame, tristesse, joie, colère… tout se mélange sur scène, l’actrice, petit bout de femme, nous montre toute seule toute la haine, l’espoir, la colère, la joie, la tristesse qui rongent les tripes des candidats à l’immigration. Elle vole….danse…pleure…crie…rie… nos yeux ne peuvent se détacher d’elle !
La Jeune femme nous emmène tour à tour dans sa prison pardon… le centre d’accueil des réfugiés. En Afrique, chez sa grand-mère…retour en prison…retour en Afrique… passé présent futur…. Tout se mélange… et pourtant tout est cohérent.
Petit à petit nous entrons doucement dans l’intimité de la jeune femme, nous percevons son bonheur de fille, de mère, d’épouse et d’un seul coup, nous découvrons toute l’horreur de la persécution et de la guerre.
Celle qu’on ne veut pas voir « c’est pas grave, c’est loin de chez nous »
La femme sans nom… un jour ça pourrait être vous…
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Pièce jouée jusqu’au 26 novembre 2005 : www.poche.be
Le livre de la pièce de Kay Adshead est en vente à 10€ sur place.
La coordination avec des ONG et associations de défenses des femmes, des droits de l’Homme est exposée dans les locaux du théâtre.
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