La vieille (hommage à la toile de Jean François Meur)

Regarde toi bien, dans la lézarde du miroir… Regarde, tu vois quelque chose ? Une vieille… Tu trouves ton reflet réussi ? Oui, t’as marié ta vie à un géniteur, t’as eu des petits qui tirent encore tes mollets à 20 ans. Mais aujourd’hui, tes mamelles séchées n’étouffent plus personne. Qui te plotte, hein ? Allez, bois, ce petit der des der, ce verre avant de t’oublier…

A ta santé, la vieille, à ta santé !!

Remarque, c’est juste pour rire, parce qu’elle ne fait pas la fière, ta santé. Alors à ta santé d’accord mais à ta mort aussi. La cigarette sur ton bec de levrette, elle te brûle ? Elle te scie les gencives ? Respire pas, ça va passer. Tu sens encore la seringue dans ton utérus ? La matrice qui pourrit, ça te fait vraiment mal ? Tu te rappelles les fluides, mais pas les sucs ? La lymphe plutôt que le sang, maintenant… Ah mais le vin blanc, c’est pas le jus de vie, la sève règne dans l’amour, la vieille, tu te trompes… Remarque, te tromper et tomber, c’est encore ce que tu fais de mieux, la vieille.

Tu vois plus l’éclairage ? Les rues t’évitent ? Tu pratiques les ravins, les bordures, les précipices ? T’as plus de choix, vieille folle, aucun. C’est la descente, le goût du fer et le froid, rien d’autre.

Tu te rappelles quand tu arborais ces dents laiteuses, quand tes cuisses ne se frottaient pas l’une contre l’autre, quand tes jambes invitaient la langue, pas le crachat. Tu te souviens encore? T’aurais pas encore rayé tous tes neurones ? T’as préféré te retrouver confortable avec un maque de comptoir… ah oui, il t’aimait. Il t’a aimée à sa botte, collée sur une sellette de cuisine, pendant que t’enfantais des feu follets à même le lino. Tu te souviens de ton dernier sourire ? Moi, oui… la dernière fois que ta bouche a gondolé, c’était pour un poing d’ogre… le sourire ? Non, j’en vois pas une trace.

Tes os claquent, la vieille, quand tu t’assieds, y a bien que la cellulite qui se fraie un chemin sur le trône. Ton visage sent la poussière, tes cheveux s’évaporent, la vieille… et ton cul ne sent plus la gloire, ni même le cul… y a des faucheux qui rôdent dans l’arche de tes ovaires, hein ?

Dis, t’as liposucé tes oreilles, la vieille ? Tu n’entends pas ma voix ?

Tu préfères plonger ta tête dans le bois ? Vas-y, je t’en prie, la vieille… la table de bar en trampoline, essaie donc. Cherche bien l’acrobate, avec son trapèze… Vas-y, prends ta pose d’épagneul, la vieille, lève ton postérieur et propose leur ton cul… c’est sûr que ça va t’aider… Et si un Monsieur Loyal se présente, n’oublie pas de lui dire qu’en foire, en terre battue et en cages, hein, tu t’y connais… dis lui bien…

Allez, va… Tu peux bien essayer d’hurler, qui va t’entendre ? Plus, qui t’écouterait ? Tu sais qui je suis hein ? Ça te fait mal quand je te cause ? C’est rien à côté du mal que tu te causes, la vieille… rien. Dors, la vieille, dors, le sommeil, c’est encore ce qu’il y a de moins cher.

 

© Milady Renoir

 

Exposition de Miss Mabon & Jean-François Meur, Artiste StyloPeintre dès le 16/02/2006 au Khnopff (Venez me « voir » DANS/SUR une ou deux des toiles de JF Meur)