Je marche. Sans arrêts, je marche. Je vais ici, et puis là, vagabonde de temps anciens, je persévère dans ce voyage sans fin. Le but n’est pas acquis, les compagnons sont d’infortune ou de sucre glace. Les horizons se décuplent à chaque coup de vent. Chaque pas sous l’eau est un miracle. Je suis fière d’être vivante et capable de mouvement, sans pour autant me donner l’orgueil de la vie. Je persiste car je connais la chance du souffle, mais je perds mes vies, à chaque obstacle, j’embue mon âme, je sors ma survie comme une arme contre le sort, je pratique le désespoir pour mieux ressaisir l’instant, je deviens héroïne de ma propre histoire, le thème du drame est ma respiration continue. Je rame en naviguant, je navigue en ramant.
Le soleil rôtit mes embouchures, l’eau submerge mes radars, la terre engouffre mes déchets, j’insiste, je suis moi au dessus de tout. Bourreau ou victime, mousse ou capitaine, les chimères aveuglent la lumière, les sirènes s’enroulent autour de mon âne, le chemin est de fer, de croix, de poids. Seule au monde, je n’ai ni réconfort de mère, d’arbre ou de terres. Les questions dans l’air, perchées dans la constellation qui les créé, rôdent sans jamais pénétrer mes narines. Parmi ces étoiles vivantes, combien de fenêtres fermées, combien d’étoiles en voie d’extinction, combien d’hommes endormis, combien de ceux là savent que je marche…
photo de lui
