
A la façon qu’ils ont de se terrer dans le soleil, je les ai reconnus. Drus, altiers et canins. Ils arrivent, les loups.
Ils avancent le long du bord, avec la dérive pour manipulation.
Une chronique de poils et de peaux. Une simple histoire de corps, de fusion et de biles.
Ils ne cherchent pas, ils trouvent. Radicaux cannibales pour l’éventrée.
La glaire au bord des lèvres, ils énoncent leur prix. « Pas cher pour une vie ».
Leur mucus blanc engorgé jusqu’au pivot, ils radotent leur éternelle course tarie.
Secs et étroits, ils étendent leurs bras au dessus des grains (le derme mugit) et tout coquillage creux s’empalera sur leurs doigts.
La peste est l’halo qu’ils couvrent d’étreintes, vagabondes mais chaudes. Ils sont augustes au pays des rats.
Ma hanche fébrile vacille, ma queue fine et minuscule tranche l’arbre sur en rayons, j’en ferais un banc pour qu’ils ne roulent pas sur mes instruments.
Je voudrais qu’ils s’en aillent, qu’ils me laissent marcher debout. Je crains qu’ils voient que je n’en veux pas, de leur signal, ils aiment la frousse authentique et l’émoi d’ébène.
Ils crient « amour fort », je hurle, je connais leurs humeurs ophidiennes. Ils annoncent la couleuvre, je jette mes bras dans le sac et cours plus vite que ces Hombres.
J’acidule, je dévertèbre, je vinaigre, je démasque.
Leurs pas, écho de la Noire, calqués dans le plancher, dirigent ma fuite.
Droite, derrière, four, tunnel, crabe, lacis, cervelle.
Je largue mes seins, un dans une ortie, l’autre dans une ronce, ils ne les mangeront pas.
Je leste mon sexe, béant de crise, je le noie dans une flaque. Ils ne voient pas le reflet, ils l’ignoreront.
Que cherchent-ils, après tout. Que remuent-ils ?
Ils trouvent.
Ils trouvent tout, le pêchent, l’hameçonnent, l’assomment, puis le relâchent dans la matrice, le tout moisi, meurtri, contenté de blancs fiels.
Je suis assise sous la terre, trempée jusqu’aux eaux. Je les écoute marcher au dessus de ma soue. Ils piétinent les pissenlits, (dont je mange déjà les racines). Sûr qu’ils sentiront la suée.
Tique
Tacle.
Gelée, réduite, je sors une paupière. Ils ont mangé ma Sistoeur. Ils l’ont mangée en entier, cheveux et ongles compris. Le buffet est sa substance. Ils s’attablent le long de ses jambes et creusent dans le sujet.
Je ne tousse pas, leurs semelles toxiques ne me touchent pas. Je suis saine. Sauf que je suis lasse, évidée. Je suppose qu’elle est moi.
Nous sommes victuailles. Le sac est trop grand.
…
Ils sont déjà plus loin, appuyés sur la barricade des poules. La poudre des sables s’engouffre dans mes tableaux. Je cherche ma main avec ma main, trouve ce qui me fait mal, le terme est en cours, je suis en survie, pas chère, cette expiration. La motte de l’être s’enfonce dans la plage, abandonnée. Les herbes affolées se couch
ent avec l’auspice. Un tuteur gaillard rentre dans le cœur.
Je vais tenir encore un peu. Jusqu’à la prochaine rafle, une fois la pente calmée, il ne reste que le soulagement, plat. Et là, je ne pense à rien. Du tout.
© Milady Renoir
(Art by Jindrich PILECEK, merci à la goutte ou au grain, au choix.
