Patricia Mignone expose, Patricia Mignone s’expose, Patricia Mignone nous expose…

tl-caravaggio_judith_beheading_ca103Patricia a ce quelque chose d’indéfinissable, dirait une chanson pop et romanesque, chantée par un Jean-Louis Murat ou un Etienne Daho.
Patricia a du génie dans le talent, pas question de don ici, mais bien d’application, de fondations et d’extrème expérimentation, le contrôle vient juste après, la technique et ses principes sont acquis, et on a parfois l’impression qu’ils ne seront jamais effacés. Patricia touche à tout, mais l’effleurement n’est pas la vocation de son art (même si, parait-il, elle masse délicatement), elle plonge dans le mur dont elle appren à connaître les composants. Un jour, elle refera ce mur, il pourrait même être encore mieux construit que le premier.

J’aime Patricia pour ce qu’elle exporte, expose, invente, vibre.

Quand j’étais enceinte, elle a demandé à mon OHM et moi de poser, de poser nu.
Dans notre salon, derrière nous, le câble de l’adsl coulait, les murs peints foncés arborraient des éclats, le linoleum en échiquier rappelait un temps dépassé, le décor fût finalement le sien, nous fûmes les modèles d’une idée, d’un projet. Mon corps levure me rendait souple. Nous étions en confiance. Nous sommes devenus un Adam et une Eve. (même si mon OHM d’Adam a des airs de Saint Sébastien).

Aujourd’hui (bientôt), tout ceci est à l’affiche à Charleroi. Mais puisque une cité ne suffit pas à la globe-trotteuse (la surfeuse de sofas), elle étend ses ailes jusqu’à Liège et Bruxelles. Si jamais vous passez par son sofa (sa maison est un palais), approchez-vous, regardez bien, la Reine des Chats a des pinceaux en guise de griffes.
(illustration: CARAVAGGIO: Judith Beheading  Holofernes).

http://lumiereincidente.skynetblogs.be/

Voici le reste d’elle, expliquée:


Remarquée depuis quelques années

pour son apport dans le domaine de la peinture murale,

Patricia Mignone a également développé une production artistique

restée en retrait jusqu’ici.

Bruxelles, Liège et Charleroi

nous donnent l’occasion de découvrir une artiste rare

via deux expositions collectives et une exposition personnelle.

 

 

Il vient un moment où l’on semble avoir vécu plusieurs vies.

Patricia Mignone est de ces personnes mues par le feu de l’enthousiasme qui n’ont de cesse de découvrir et d’évoluer.

 Titulaire de formations universitaires telles qu’un master en philologie romane, un master en études théâtrales, un master en communication ainsi qu’un troisième cycle en Histoire des Religions, elle a complété ce parcours par diverses spécialisations pour se retrouver coach et formatrice en communication.

Elle s’est par ailleurs accordé le plaisir de formations en histoire et esthétique de l’art moderne et contemporain et en peinture à l’Institut Van der Kelen complétées par un apprentissage auprès de Jean-Pierre Poidevin, l’un des maîtres du réalisme contemporain français. Elle s’est alors mise à peindre.

Passionnée de psychologie transpersonnelle, Patricia Mignone vit comme une chance le fait d’avoir toujours connu l’état de création. Aussi loin qu’elle remonte dans sa mémoire, jusqu’à sa petite enfance, elle a, en effet, connu cet état de grâce qui consiste à n’être plus ici, à perdre la sensation de soi et ne faire qu’un avec sa tâche des heures durant.

L’approche picturale découverte auprès de Jean-Pierre Poidevin s’accommode bien de cet état d’esprit. Héritée des Primitifs flamands, cette technique mettant en œuvre des média artisanaux, repose sur une alternance infinie de glacis et de blancs telle que quelque chose de surréel en résulte. Certes, c’est de la peinture figurative à caractère hyperréaliste. Mais chacune de ces œuvres possède une présence qui dépasse le sujet et touche le spectateur au-delà de l’impression que peut produire l’éventuel constat d’un savoir faire maîtrisé. On est souvent affecté au-delà de la simple appréciation d’une image réussie.

Le temps qu’exige la réalisation de ces tableaux, Patricia Mignone l’éprouve comme le temps de l’hommage. Les sujets qui posent pour elle sont des non-professionnels dont le propre consiste à lui refuser ce qu’elle demande pour lui offrir une approximation inattendue dans les interstices de laquelle s’infiltre un mystère qui se renouvelle à chaque tableau. Jouant de la réalité qui s’offre, Patricia Mignone conçoit alors des croisements infimes ou explicites dans les césures desquels s’infiltre une indicible étrangeté qui est le lieu de l’hommage. Car, quand, absent à soi le modèle se trouve en porte à faux vis à vis du projet, qu’offre-t-il en échange sinon une humanité qui le dépasse ?

Dans sa pratique, Patricia Mignone en est rapidement venue à négliger le fond au profit du sujet.

On évoque souvent l’icône quand seul le vide cerne l’objet. Ce vide – la couche de fond nue – n’est qu’apparence de vide, car le spectateur ne peut s’empêcher d’y projeter des images qui vont apporter un contexte et orienter l’interprétation de ce qu’il voit.

Et que voit-il ? Ce qui est perçu appartient  à chacun : il n’y a pas lieu de prescrire les résonances d’un tableau.

Que chacun s’y perde pour y trouver ce qui vient à lui.

  

 

A LIEGE – TATOUAGES ET PIERCINGS – FILLES EN PIECES

 

Un ensemble composé de six petits tableaux de 14/15 cm dont chacun figure un fragment d’une jeune femme piercée et tatouée. Cette série est complétée par deux portraits de jeunes femmes piercées.

Constituant généralement les attributs d’une esthétique et d’une vision en marge, les piercings et tatouages revêtent, aux yeux des modèles, le statut de parures corporelles au même titre, disent-elles, que des bijoux classiques. Elles arborent leurs piercings avec l’évidence laiteuse des Vierges renaissantes à cela près que ce que tait la chair soyeuse des Vierges, celle de ces filles le clame : leurs parures à elles sont serties dans la chair et valent leur pesant de douleur.

Le supplice minuscule figuré ici métaphorise la violence faite au corps de la femme – y compris sur un mode spéculaire – dans ses représentations stéréotypées.

A ce titre, même si la valeur qui leur est délibérément attribuée n’est autre que cosmétique, les tatouages et piercings revêtent une dimension initiatique qui s’ignore.

La technique et le langage pictural

(Il s’agit d’une technique à l’huile, autrement appelée « peinture en glacis », reposant sur l’alternance de couches grasses, les glacis, et de couches maigres – par addition d’œuf au médium gras – les blancs.

On peut suivre l’évolution de l’une des réalisations de Patricia Mignone, depuis le panneau vierge jusqu’au stade final en empruntant le lien suivant à partir du 1/11/ 2006 :

http://lumiereincidente.skynetblogs.be/tag/1/je peins ) 

Historiquement, à ses débuts, la technique des glacis était au service d’une vision euphémisante qui avait pour effet de conférer aux personnes représentées l’aura d’une perfection éternelle. Le contexte politique et sociologique qui a vu naître la technique mixte en dit pourtant long sur l’état sanitaire de la population de l’époque et permet d’apprécier l’empreinte du peintre. A ce titre, la technique mixte est l’équivalent cosmétique de Photoshop.

Adoptée par la peinture académique, elle subit l’influence des séismes idéologiques et humains qui ont ébranlé le XXeme siècle : sous l’empreinte d’artistes aussi turbulents qu’Otto Dix, Salvador Dali, René Magritte ou Lucian Freud, elle manifeste une vision tragique qui l’éloigne nettement de sa vocation initiale.

Sans recourir à la défiguration, la façon dont Patricia Mignone pratique la technique mixte s’inscrit dans cette ligne récente marquée par ce doub
le constat que l’existence est un chaos et que la vie est un processus qui s’achemine vers sa désorganisation.

 

A CHARLEROI – UN TRIPTYQUE

 

Deux tableaux verticaux de 1,20 mètre représentant un homme et une femme nus que complète un tableau de 1,20/1, 20 mètre représentant un enfant nu accroupi.

La posture ainsi que l’étroitesse des tableaux représentant les adultes évoquent les Adam et Eve de Cranach, Dürer ou Van Eyck, inscrivant ainsi ces deux portraits dans une ligne tracée et annexant les valeurs qui y sont  attachées.

Le portrait de l’enfant au centre, isolé sur un fond vierge dont la surface dépasse largement les proportions du sujet devrait donner lieu à un ancrage dans l’époque contemporaine. L’apparence des adultes devrait également contribuer à cet effet.

Si, de par son visage, sa barbe et la longueur de ses cheveux, l’homme évoque plus Jésus qu’Adam, la femme, du fait de sa coiffure et de sa rondeur décomplexée, évoque plus une féminité contemporaine que confirment les esquisses de tatouages figurant sur les corps des deux adultes.

Ces tableaux sont traités en blanc / ombre naturelle, une option stylistique qui peut évoquer une parenté avec le traitement que pratiquaient certains symbolistes tels que Khnopf, Whistler et surtout Puvis de Chavanne.

A BRUXELLES –

UNE IMAGE POUR «HANS MON HERISSON» DES GRIMM 

Il s’agit d’un tableau unique conçu dans le cadre d’un projet collectif né à l’initiative de Dominique Maes connu comme auteur et illustrateur. Enseignant à l’ERG et animateur d’un atelier d’illustration, Dominique a proposé à ces deux groupes d’illustrer un conte des Grimm assez sombre et plein d’échos : « Hans mon hérisson » dont on pourra lire une version en suivant le lien suivant

http://colegio.francia.oral.free.fr/contes/grimm/jwg9.htm.

Si les interprétations de ce conte sont variées, le personnage ayant souvent inspiré de l’hostilité, du dégoût, les réalisations le sont sont tout autant: les étudiants sont plutôt partis vers l’installation et la 3D tandis que les participants à l’atelier se sont orientés vers le collage et l’illustration. Patricia Mignone a réalisé une peinture.

L’interprétation du conte des Grimm qu’elle a effectuée résulte d’une lecture transpersonnelle du conte également compris à la lumière d’approches telles que celles d’Alice Miller et de Boris Cyrulnick.  

« Hans naît porteur d’une malédiction jetée lorsque son père a proféré un vœu inconsidéré  :  « Je veux un fils. Fût-il un hérisson ». Et Hans naît hérisson, autrement dit répugnant. Ses besoins de petit enfant ne sont dès lors pas honorés : pas de maternage, pas d’allaitement. On ne festoie pas autour de sa naissance.

Je n’ai pas appréhendé l’aspect de Hans comme l’image de l’enfant « différent », selon la litote communément pratiquée qui consiste à désigner ainsi toute personne affectée d’un handicap. J’y ai vu la métaphore de tout enfant qui, quoi qu’il arrive, naît non conforme au désir de ses parents. Si « bon » que soit Hans intrinsèquement, sa bonté n’apparaît pas aux yeux de ses parents, supplantée par la frustration résultant de son manque de conformité. L’aspect de Hans pointe alors le poids du désir qui pèse sur ses épaules, désir qui restera frustré parce que la tâche d’un enfant n’est pas de réaliser le projet de ses parents.

 Dans la mesure où ces quelques mots ne visent qu’à commenter ma déclinaison de l’aspect du personnage, il resterait beaucoup à dire du conte dans son ensemble et notamment de deux motifs particuliers : celui où, dans une gigantesque boucherie Hans offre son immense troupeau en pâture à la communauté villageoise, cette collectivité indistincte qui dicte la loi en réfé
rence à quoi Hans a été mis au ban. Dans un geste aux résonances christiques, Hans offre donc en sacrifice à ce groupe ce troupeau qui est une émanation de lui-même. Et ce deuxième moment où, débarrassé de ses oripeaux maléfiques, Hans apparaît « d’un noir de suie » et est lavé et oint par le médecin dans un rituel qui n’est pas sans évoquer le baptême, une cérémonie apparaissant d’ailleurs au début du conte».
 

Pourquoi ce mélange ?

Parce qu’il correspond à la couleur qui transparaît sous l’épiderme, à la couleur des veines, à la blancheur verdâtre des peaux très blanches (ce qui permet de comprendre que Rossetti ait parfois ombré en vert ses peaux de londoniennes rousses). 
C’est le sang circulant dans l’épiderme qui donne sa couleur à la peau. Dès lors, la blancheur de la mort a aussi quelque chose de verdâtre.

Dans  mon tableau, la terre de sienne brûlée correspond techniquement au début de la montée de couleur. Je ne l’ai pas poursuivie pour traduire le fait que le long séjour de Hans dans la forêt – lieu de l’initiation dans l’univers  mythologique – correspond à une période de latence où, bien que né, il n’est pas en vie, la vie correspondant à l’admission dans la communauté humaine. C’est pourquoi, dans le conte, une fois lavé par le médecin, « il redevint blanc de peau comme tout le monde et fut, dès lors, un jeune homme d’une beauté charmante », événement suite auquel on célébra le mariage officiel qui scelle non seulement sa reconnaissance par le groupe mais également son accès à la royauté.

 

 

A LIEGE – TATOUAGES ET PIERCINGS – FILLES EN PIECES

Au Placard à Balais, rue des Mineurs, 9/11, 4000 – Liège du 20 février au 2 avril

 

A CHARLEROI – UN TRIPTYQUE – En marge du Festival du Film de femmes au Cinema Le Parc – du 5 au 7 mars – vernissage le 5 mars vers 19h30

 

A BRUXELLES – UNE IMAGE POUR « HANS MON HERISSON » DES GRIMM

– lieu et dates encore à définir