Papier Machine a au moins 10 ans – Lecture au Centre PompomPidou

J’ai la chance d’être une fille de revues. Dissonances, Eclipshead, NovaMag’ et qqs autres revues ont souvent été des antres que je peux décorer d’un peu de verve, littéraire, critique, poétique.
Il y a 10 ans, Papier Machine m’a proposé qqs pages textes & photos dans leur premier numéro autour du mot SOUFFLE.
Avec UnVraiSemblant, nous nous étions pris d’une expédition urbexienne en périphérie flamande de Bruxelles. Nous avions mis nos corps à nus et on s’était mis à courir sur le béton, à s’essouffler. A la recherche d’une connivence entre ses photos et mes mots et à expérimenter la perte de souffle. Pas mal de choses ont émergé de notre journée dans ce bâtiment perdu, dont quelques résidus (objets, mobiliers, écritures, signalétiques) nous avaient placés dans un ressenti de violence d’usine. Mais nous étions dans une projection post-apo.


Le texte publié à l’époque dans Papier machine était très bavard, en le relisant à l’aune d’une lecture 10 ans après pour un anniversaire au sein du festival Extra!, sur l’invitation du Centre Wallonie Bruxelles au Centre Pompidou, j’ai fini par réécrire 92% de ce texte et de lui donner une texture plus orale, plus viscérale.
Je publie plus beaucoup de textes sur le site mais voilà que celui-là a fait un effet sur plusieurs personnes plutôt « jeunes » du public présent. Le sujet bien sûr mais aussi la cadence et les raisons pour moi de le lire ont touché, alors j’aime la possibilité de le partager ici. C’est pas un de mes textes favoris pour ce qu’il est mais plus pour ce qu’il peut faire, d’effets collatéraux.

SOUFFLE.s

HHalète HHalète HHalète Halète toi   HHAlète, HHAlète, HHalète   moi 
une partie de mon corps se détache HHAlète, HHAlète, HHalète 
je prends mon temps je respire j’HAspire HAttends HALèTE HALÈTE HALÈTE HalèteHalèteHalèteHalète

MAIS ENFIN ne suis pas maison de paille, loup! 
Où ET QUI te crois-tu?   loup!
Tu as beau être beau LOUP tu as beau ouvrir grand ta bouche Grande Belle Gueule  imiter l’appel de la forêt tes miroirs teintés plantés dans ma saphène LOUP HALÈTE mais HALÈTE Donc
HALÈTE MAIS HALÈTE
ton HAleine me déporte le corps chacune dent  mâchoires canines fesses bovines
DIS LOUP!! ne suis pas petite cochonnette amourette MAIS Henfin plutôt  HAmoncellement de sssssillons sssssensoriels 
Ssssssuis cet amas de chairs fraîches
ce panier de myrtilles sauvages dans une tarte aux poils
HALETE HALETE tu cherches  la merde, non?
Aux abois Aux aguets à l’orée Hop pénétrer mon corps pas frêle pas brêle pas miel

On les entend au loin les clameurs retournement de stigmate
Libérez délivrez les femmes du monde entier mais coucou désolée libertés
je ne suis pas celle que vous croyez 
Est-ce que j’ai une gueule de liberté ?
Tu l’as vue, ma géométrie – tu l’as calculé, mon nombre d’or?
Ma spécialité c’est FOI-RER et, dès le matin
HALèTEHALèTEHALèTE
OUI c’était un matin cher lapin tu m’as surprise 
OUI j’étais baudruche boursouflée – les ovaires en nénuphars –
le cartilage autophage – tribulations élucubrations mental débordead putain de puzzled psyché MAIS MAIS je respirai encore
tu sais j’HALETAI
J’avais la PEUR dans le thorax, la peur, cette équation purement éphémère mais qui dure qui dure
ET à force d’HAleter, vers midi moins le tiers,
dès le maquillage plâtré, toute re-pouponnée repoumonée
BYE BYE la sensation d’érosion BYE BYE la prise d’otage de la tête
j’ai repris mon HAlètement et j’étais à cheval sur mon baudet

HALETER HALETER HALETER HALETER HALETER HALETER 
c’est garder la pression vers le haut 
c’est retenir le cortex dans une intention minimale
c’est vivre vers dieu c’est un ciel contraire c’est aussi faire corps avec  des noyaux durs
Lilith Méphisto Sappho Rambo Rocky et tous les saints patrons

HALÈTE HALÈTE air de travers – flow indécent – catacombes et extases HALèTE Ahhhh loup ton grand bordel c’est mon suppositoire OUI, J’HALETE de mes pieds à ma tête
HALÈTEment ascensionnel je suce le progrès sans les dents – pipeline de velours
LOUP laisse moi HALETER tu dis qu’avec toi c’est la danse de la croissance végétale,
‘spèce de Saint Priape, ‘spèce de pylône de hautes tensions 
Ecoute LOUP mon petit chou kale j’ai connu un sage assis sur le faîte d’un toit durant vingt ans et qui la ramenait pas tant 
ALORS pends-toi à mon caca et tais toi
A chacune de tes occlusions intestinales je ME mentionne je ME cautionne jM’auditionne telle une gargouille qui pisse vers le haut une évêque cathare gnostique JE me jette à MES pieds


Avec tes doigts poilus drus vrillant les chairs faibles
tu cherches l’émancipation via la trique et le podium 
T’en fais pas mon p’tit Loup, t’es rien qu’un gueux de la gloire et de la Tour
HAlète tant que tu veux mais toi tu respires pas tu meugles
mais oui monte monte montre l’énergie qui luit par tous les moyens  en toute impunité que ton étalement est réjouissant
vas-y grimpe monte à l’aise empale-nous toutes tant que t’y es
on n’a que ça comme foutre

J’ai besoin d’air
j’HALète  et remercie la boue
Toi, ma Glaise, puis-je être couchée sur tes terres humides?
Puis-je être confortable à l’idée que l’éternité et moi, on est COMME ça
J’ai beaucoup vacillé me suis beaucoup asphyxiée
le cul en l’air le bec dans mes os  les nuques tordues dans les terriers
que ce soit le vertical qui l’emporte  la gravité la pesanteur bien intégrés aux corps spongieux de la pire espèce sans toi, chère Glaise, je serais pierre
Et toi aussi, tu as souffert, mon amour de boue,
des gens te marchent dedans tels des golems de faïence, avec leurs bottes de fiel
ils survolent sans lever le pied vers nos yeux, tu sais les gens
ça monte ça descend ça jacasse de ventre à gorge
mais ça ne coule pas assez
syndrome “yeux et coeurs secs”  souvent ils ne nous ont pas vues

HALÈTE HALÈTE sueurs sucs signes d’eau mon thorax est mille poumons
Mon moi en suintements en élans en exsudations en épanchement
sans contours sans arête ni angle ni orifice 

Allez coule mon corps dans le vent
HAlète de tous les pores – saute à plat infiniment – Sans secours Sans sillons Sabordage des Sommets Serre dents feSses chavire conflue pleut piSse dans toute ma gorge  hop hop hop HAlète HAlète

LOUP LOUP Y ES TU ENCORE? MAIS ENFIN, tu vas où là?
HAbsolument  si si je te jure que t’auras beau me faire douter de ma place dans le monde d’écraser mes ventricules 
je suis l’ivresse la colère le recul le gouffre l’extase
ma chatte est grandiose elle ne chavire pas, pas plus que l’instant présent 
je suis le portrait craché de toutes les personnes à qui on a dit de se méfier du loup
je pars  je te nique et quitte je te regarde même pas
le vertige agace la mouche  je les mange, les deux , vertige et mouche

Je lèche la salive de tes babines, même plus peur,
je te nique l’hygiène de vie 
HALÈTE HALèTE
Attends, si je continue à HALETER plutôt que de SUFFOQUER
Ma touffe s’effritera plus jamais
Ma dépouille gagnera toujours du terrain
Tout ne sera pas comme avant 
ici je respire  là je vomis et avale mes couleuvres, mon fist ma bataille
Dans la bouche de l’oreille de l’autre , j’y coule du cidre doux amer
j’y glisse du mesclun urticant dans le corps du cul de l’autre 

la pestilence de notre usure  la déviance de notre habitude
Loup, nous ne sommes pas les vieux amants nous suçant dans un funiculaire dépotoir ECOUTE ECOUTE 

Sssssouffffffffle Sssssouffffffffle J’HALETE j’HALETE J’HALETE
ECOUTE ma nouvelle disposition d’organes 
ça tourne encore un peu dans les colons
les ailes archaïques grattent le foie
je tends ma tempe je t’entends déclamer ta fragilité à l’embouchure de mon antre 
N’escamote pas mon tremplin  OUIN OUIN P’TIT LOUP au panier
Tu râles contre la boue collée à mes chaussures 
Ton baratin de l’immortalité ? T’e re-lou en fait
Je refuse la greffe de ta prophétie
C’est vraiment de cette morphine que tu veux m’injecter?
T’es vraiment un lambeau de fin de siècle 
HALETE HALETE HALETE HALETE je prends mon temps
Mon ventilateur élague les spirales 
Les vasistas rient aux éclats 
HAlète

Il existe à n’en pas douter une dimension ultra-spatiale où toutes sont des formes d’une force disponible et soumise  comme l’eau et l’électricité dans notre dimension  colère anarchisme  faim sexuelle  artifice pour nous faire vibrer sous une magie 
aucune pierre ne brise la violence  aucune main porte l’étendard du pardon

Ce qui est dingue c’est que quand on a du viol dans le geste, c’est jamais longtemps, c’est rien que le temps d’une main qui enlève, d’une autre main qui touche, d’un sexe qui rentre qui se retire reste encore un peu dur dans une des bouches l’une des bouches aura beau cracher préserver le soupçon servir d’humidité jusqu’à nos cani-cules  la sueur s’immiscera  
rien n’est vide  même après plusieurs lavements bactériens, quelques curetages à tous les étages – Vous en connaissez des fins qui finissent bien? Des chutes vraiment libres ? 


Définition: une chute libre est un mouvement accéléré sous le seul effet de la pesanteur on distingue la simple chute dans un champ de pesanteur uniforme au voisinage de la Terre (Galilée, 1605) et la chute céleste (Lois de Kepler), dont Sir Isaac Newton fera la synthèse en 1687 

Ecoutez toutes les chutes de tous les empires
la chute d’un palet sur du verglas incliné d’un angle α la chute sur des plans successifs la chute circulaire du pendule  la chute d’un satellite géostationnaire la chute d’une lune perturbée par Fukushima la chute de matériaux non inertiels  la chute cinématique entre 24 des secondes par image la chute d’une idole  la chute d’une chair atroce et vivace la chute d’un organe à soi la chute d’une odeur de sperme spectral  la chute de la falaise la chute d’un chien qui défèque  la chute d’un foie tout juste greffé 

TU ES EN TRAIN DE CHUTER
j’expectore  je remords  phase zéro  je retrouve la main la bite porte-clé 
je suis l’écharde dans ton coup de rein 
j’oublie le sperme qui sèche  rien n’a d’importance 
ton aisselle mon vagin tout est fermé  Je n’ai plus besoin d’HAleter

écoutilles bouchées de la reine résine solstice musée cérémonie rétention évitement lestage tentative sève souche fissure trêve déchéance inaccessibilité reptation échange anniversaire gâchis vision entreprise deuil vacuité injure compensation détresse velléité doppelgänger changement virulence rage incompatibilité libation masochisme retrait silence encore potentiel dépression lutte entrailles point final interrogation SSSSSSssssssouffles.

© Milady Renoir – SouffleS – 2023 @ EXTRA!

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