Ce matin.

J’aimerais que chaque personne dite belge vienne passer 1 ou 2h dans le couloir de l’office des étrangers, anciennement la police des étrangers dont le motto était tri, surveillance, régulation et exfiltration.
À la place des brasseries et magasins du passage 44, autrefois adresse de feue la médiathèque, ces zones désaffectées derrière des grilles en filins d’acier le long desquelles il y a qqs mois dormait plus d’une centaine de demandeurs d’asile. Centaine x centaines à qui le droit fondamental d’être protégé est sans cesse nié. ALors on dira CRISE afin de produire un effet de trop plein aux yeux des « citoyens », une stratégie médiatique du « manque de moyens » bien huilée.
Entre une université catholique et un jardin colonial de botanique, des destins se jouent. Non, pardon, il n’est pas question de destin mais de destination car derrière ces grilles, seules les personnes demandant la protection peuvent dé-passer, et une fois dans l’antre inquisitoire, des « agents de protection » poseront des questions lors d’un interrogatoire des plus intrusifs, avec une suspicion bureaucratique, recommandée par les instances.
Le récit sera disséqué par principe, refusé par rengaine.
Ce mécanisme n’est pas récent, dans l’adn même de l’état belge, petit plat pays né de la friction belliqueuse des autres empires en mal de territoire, l’exclusion et la surveillance ont été pensées, institutionnalisées.

« En 1839, l’État belge charge la Sûreté publique, une direction autonome placée sous la tutelle du Ministre de la Justice, du contrôle des étrangers présents sur son territoire. Dans le but de préserver l’ordre public, cette administration reçoit entre autres pour mission de procéder à l’expulsion des étrangers indésirables (dont Marx, Hugo et qqs poètes communistes, puis intellectuel.les internationalistes…).
Il n’était guère possible pour elle d’effectuer cette tâche efficacement sans obtenir l’appui de tous les services administratifs de premières lignes. C’est pourquoi, les administrations communales reçurent pour consigne d’informer immédiatement la Sûreté publique de toute inscription d’étrangers dans les registres communaux ad hoc.
Dès réception de cette notification, la Sûreté publique se chargeait de vérifier si la personne concernée était en droit de rester sur le territoire national. Si tel était le cas, cette dernière continuait malgré tout à faire l’objet d’une surveillance attentive durant son séjour en Belgique. À cet effet, la Sûreté publique bénéficiait de la collaboration de toutes les autorités, armée et pouvoir judiciaire y compris, qui devaient lui envoyer copie de toutes les informations dont elles disposaient à propos des étrangers qui entraient en contact avec elles. »

Ce matin, j’y accompagne une amie, une camarade de riposte. C’est pas la première fois que je me tiens devant ces lieux saints de la nécropolitique et chaque fois je reconnais la menace qui ne m’est portant pas destinée.

Un seul garde, habillé comme un flic aux yeux de qui ne connaît pas le panorama des déguisements de l’injustice. Il dit ne parler que néerlandais, il est énervé, se plaint d’être seul face aux nombreux stress qui viennent déposer leur desti…n…ation.

En anglais, finalement, il jette qqs mots. Mon amie rentre seule au fond du couloir. Je ne suis pas une personne autorisée, ni traductrice, ni avocate. Je marche à côté de lui pendant qqs dizaines de mètres. Je voudrais qu’il avoue. Qu’il s’excuse. Qu’il trouble l’ordre.
Des personnes arrivent, avec des couffins, des poussettes, des sacs à dos, des sacs de couchage sur le dos, des fardes d’une association d’intégration sous le bras.
Ce matin le gris piquait les phalanges et mon amie et moi avons bu un café à la boulangerie du coin pour faire descendre la bile gastrique dans le talon droit. On laissera le gauche écraser une merde de chien pour que ça porte bonheur.

Un couple arrive. Sa femme a peur et demande s’il peut rentrer avec elle.
Pourquoi oui et pourquoi non, pourrais-tu penser autrement que par impossibilité?
De quel côté de l’équilibre instable de l’accueil pouvons nous poser la morale?
Elle doit rentrer seule.
Lui a rdv dans 2 semaines. Je n’ai pas de feu pour son clope, je voudrais des braises, un brasero, une caravane pour leurs mains.
Les papiers brûlent trop vite et les « sans papiers » cumulent plus de formulaires dans un sac à dos qu’un Ministre en signe.

checkpoint

C’est pas un poème
C’est pas un énième plaidoyer
J’aimerais juste que chaque personne dite belge passe 1 ou 2h par le couloir et la salle d’attente et le bureau 1 et le bureau 2.
Paraît que l’empirisme peut faire naître l’empathie. L’inversion ne suffit pourtant pas. Le Droit non plus ne suffit pas car les autorités nous ont habitué à ne pas le respecter.

Une famille sort de derrière les grilles du fond. Deux petits jouent à glisser sur le sol carrelé. Sortir de là permet de sentir libre quelques secondes?

Nous sommes 7 entre le trottoir et le carrousel vitré.
Une huitième personne arrive alors c’en est trop, le garde sort avec ses doigts tendus… on doit attendre dehors.
Pour que les passants reconnaissent que y a une file. Que c’est le territoire de l’attente, de l’arbitraire, du déjà trop grave.
Le vent plisse les feuilles mortes. Peut pas y avoir de symbole de lumière dans l’automne si le foyer est à des milliers de kilomètres.

Je m’étais promis d’écrire sur mon GSM pendant tout le temps d’attendre mon amie mais c’est con, ça fait que 32 min et j’ai froid aux mains et j’ai encore la grippe et la fièvre. C’est con mais j’ai de la chance, je peux retourner me réchauffer au café du coin.

regularisationpourtouxtes

À toutes les personnes désirant concrétiser une solidarité, le projet Y En A Marre existe. Formons nous aux droits et obligations de ne pas lâcher.

Un avion décolle de Bruxelles Airport et vole au dessus de la gare du nord… vol commercial dans lequel peut-être une autre camarade sera déportée du fond de la cabine jusqu’à un pays « tiers » d’un sud du monde tor-pillé.

Rappel: On est en plein fascisme sauf que les écrans font pare-feu, moins garde-fous.

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