Desmond Dekker et les apprentissages

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J’ai vécu qqs mois à la rue à Londres (hiver 1996). Après qqs squats dans des hangars et des nuits de sommeil léger sous de la deep house ou dub et jungle sur les banquettes velours râpé de boîtes qui laissaient les girls rentrer gratis, j’ai commencé à fréquenter les pubs 24/7 de Kingston.
A Stockwell, j’ai trouvé une « chambre » avec des cloisons en osb et un plafond en plaque ondulée en amiante chez un marchand de sommeil pour sans papiers et sans abris, originaires de la Chine jusqu’à la Jamaïque. Les douches de camping au sous-sol débordaient jusqu’aux toilettes de sorte que ce Spa alternatif procurait quelque asthme et autres aspirations au ciel chez tou•tes les « locataires ». Et moi, j’ai chopé un rhume de la hanche qui m’a immobilisée plusieurs semaines ensuite.

Aucune langue commune ni l’anglais ni les mains. On se croisait tous et toutes dans la salle du fond avec une plaque électrique 2 taques pour une vingtaine de personnes en turn over hebdomadaire.
Des aventures du quotidien par dizaines et des décompensations comme des interludes.
Un gaillard de 2m, réformé de l’armée pour rébellion, marchait dans le couloir toutes les heures en chantonnant des chants évangéliques, son Walkman Sony au casque de mousse orange et des pot noodles spicy curry et des bottled ginger beer avalées par moult.

Un pub à côté du métro était notre 2nd point de « croisement ». Elephant and Castle, qui en fait, tirait son nom du passage de l’infante de Castille mais personne prononçait correctement.
Devant le pub, des papas cassés par le travail forcé tiraient leurs corps et leurs taffes assis sur des petits bancs entre les fûts de guinness vides qui servaient de bois-debout et traçaient leurs dédales entre dérision et amertume entre déchéance de droits et guichets sociaux multipliés.

Un soir que je traînais dedans pour m’y tenir chaud et asociale, une scène se met en place.
D’autres papas aux long dreads entrent et sortent. Quelques plus jeunes mais pas trop. Le pub recouvre une ambiance Studio One et sans m’en rendre compte, le lieu est vite blindé et on retire les chaises et les tables.
Arrive sur scène Desmond Dekker en son costume militaire et béret rebelle. Il met le feu aux thorax en 4 minutes et tous les esprits se mettent à onduler jusqu’à reprendre forme en un autre temps que celui de la britannie coloniale même si ce sud de Londres n’était pas encore gentrifié.
Lors d’une des montées énergétiques, je me retrouve à me secouer les genoux aux côtés de mon « colocataire » involontaire, dont le registre mystique avait changé, d’un gospel à l’autre, de God à Jah.
Pas encore de sympathie ni de mots échangés pendant le concert ou après, de retour au hangar.
Pas de fin morale avec anneau, enfants et château. La suite de silences, une connivence presque plus politique. Finalement

Les enjeux de libération et de renversement de paradigme m’ont toujours augmentée, que ce soit depuis les carcans familiaux aux luttes que je ne peux pas avoir connu. Un fonds cependant m’a toujours rendue publique, être attentive à ce qui se prononce à chaque instant, de sorte que les propagandes ne me mutent pas, d’œillères à ornières, en apathique neutralisée.

Par volonté, je ne nomme pas les raisons de la situation mais j’ai déjà écrit des textes sur le contexte perso mais là c’est pas le propos.

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