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La Voix du Nord
REGION, samedi 22 novembre 2025
Des filets pour intercepter les « small boats » dans la Manche ?
Migrants. Sous pression des Britanniques, qui conditionneraient les fonds Sandhurst à la mise en place des interceptions en mer, le déploiement de filets sur les hélices des embarcations de fortune pourrait servir à freiner la traversée de la Manche, selon Amnesty International UK.
Va-t-on voir des filets se tendre dans les eaux de la Manche pour court-circuiter les tentatives de traversée des « small boats » ? C’est ce que craint Amnesty International. « Nous avons eu écho de ce dispositif via notre organisation basée au Royaume-Uni, et ils en ont eu la confirmation», nous disent-ils quelques heures après avoir publié un communiqué.
Le dispositif dénoncé par l’ONG constituerait « une approche intrinsèquement imprudente et dangereuse». « Intercepter des petites embarcations en emmêlant leurs hélices provoque presque inévitablement des chavirages», explique l’ONG.
Pression et « effet d’annonce »
Selon nos informations, les Britanniques auraient conditionné les fonds Sandhurst pour la période 2026-2029, qui financent le gardiennage de la frontière (543 millions pour la période 2023-2026), à la condition que les Français mettent en pratique le changement de doctrine sur les interceptions en mer des « small boats » dans la bande littorale des 300 mètres.
La forte pression financière, que font peser les Britanniques, a fait ressurgir l’éventualité de la mise en place d’un dispositif de filet en mer pour bloquer les hélices des embarcations. « Un effet d’annonce ! Comme pour les interceptions en mer, ça a fait beaucoup de vagues mais ça fait cinq mois et on n’a rien vu venir , souligne Marc Allègre, policier et délégué syndical Unité SGP Police. Il y a des études qui sont menées mais rien de concret, on sait que pour intercepter un small boat , il faudrait deux bateaux, des escouades, des plongeurs et des secouristes sur les bateaux, ce n’est pas si simple.»
La question des filets déployés en mer sur le littoral est dans les cartons depuis au moins deux ans, avant même le changement de doctrine intervenu en juillet dans le sillage de l’accord migratoire franco-britannique. « Il y a deux ans, quand la brigade nautique de Calais existait encore, on leur avait donné des filets pour jeter sur les hélices des embarcations, mais ils ne l’ont jamais fait, tant mieux, précise Marc Allègre. Vous imaginez un policier sur un bateau jeter un filet sur une hélice et si le bateau se renverse ? On risque la vie des personnes, là ! »
Utilisé pour faire barrage
Si Marc Allègre s’oppose à cette pratique, il n’est pas le seul. À Calais,Philippe Darques, président des sauveteurs en mer (SNSM), s’étonne : « J’en tombe de ma chaise. Qu’on mette des filets à l’embouchure d’une rivière, pourquoi pas ; mais jeter des filets en mer, ce n’est pas possible ! » Si aucun filet n’est pour l’heure déployé en mer, des filets utilisés comme barrage mobile à l’embouchure des rivières ou dans les chenaux d’accès au port, ont déjà été testés dans le Dunkerquois, à l’extrémité ouest du canal qui relie le port est au port ouest.
Le dispositif a été jugé inefficace, les passeurs passaient par-dessus ou par-dessous pour contourner l’obstacle. Un autre projet de barrage mobile devait voir le jour au chenal de Gravelines mais selon nos informations, des experts s’étaient exprimés contre, en raison des difficultés techniques et les risques engendrés par un tel dispositif et surtout son inefficacité.
Et

https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/11/19/small-boats-dans-la-manche-la-nouvelle-doctrine-d-interception-avec-filets-bientot-en-place_6653955_3224.html
« Small boats » de migrants dans la Manche : la nouvelle doctrine d’interception avec filets bientôt en place
Pour stopper les embarcations, les autorités s’apprêtent à expérimenter une technique jusque-là jugée trop dangereuse pour la vie des passagers. Le risque pénal encouru par les forces de l’ordre engagées est également redouté.
Par Julia Pascual et Tomas Statius (Lighthouse Reports)
Des filets pour arraisonner des migrants. Alors que plus de 39 000 personnes ont rejoint l’Angleterre depuis janvier à bord de frêles canots pneumatiques, les autorités françaises vont expérimenter l’interception en mer de ces small boats dans la Manche à l’aide de filets. Une nouvelle façon d’enrayer le phénomène des traversées maritimes qui est allé croissant depuis fin 2018 et nourrit les tensions entre Londres et Paris.
Lors d’un sommet bilatéral en juillet, la France avait acté un changement de doctrine d’intervention en mer, alors que jusque-là, l’idée d’intercepter des canots était jugée trop dangereuse face à l’impératif de sauvegarde de la vie humaine. Las. Selon plusieurs sources, des forces de l’ordre ont été dotées de filets d’arrêt. Ces derniers peuvent être utilisés dans un « contexte de trafic de stupéfiants » ou de « lutte contre l’immigration irrégulière », précise l’une d’elles.
Dans le document commercial d’une entreprise bretonne qui vend des filets de ce type, que Le Monde et le média à but non lucratif Lighthouse Reports ont consulté, leurs atouts sont détaillés. Les filets permettraient de neutraliser un bateau en bloquant les hélices du moteur. Pour cela, le bateau intercepteur doit dépasser la « cible » avant de larguer le filet entre dix et vingt mètres devant lui. « Avec les filets, pas de collision, pas de vagues », poursuit la source citée plus haut.
Canots bondés
Un cadre du ministère de l’intérieur, sous le couvert de l’anonymat, explique le cadrage général de la tactique : « Il y aura cinq ou six binômes [sur le littoral] composés d’un bateau de la gendarmerie maritime pour les interceptions et d’un bateau de la marine nationale positionné en cas de nécessité de porter secours. » Une autre source, Place Beauvau, précise : « Au départ, il n’y aura qu’un module d’interception. Il faut encore former les personnels mais l’idée, c’est de monter en puissance. »
Notice d’utilisation de filets d’arrêt commercialisés par une entreprise française. <img src= »https://img.lemde.fr/2025/11/18/0/0/1050/788/664/0/75/0/e00c2ad_upload-1-vy8eobba1sh3-doc.jpg » alt= »Notice d’utilisation de filets d’arrêt commercialisés par une entreprise française. »> Notice d’utilisation de filets d’arrêt commercialisés par une entreprise française. DOCUMENT LIGHTHOUSE REPORTS / LE MONDE
Les autorités sont conscientes des risques inhérents à de telles manœuvres en mer. Durant l’automne, ce sont en moyenne 70 personnes qui embarquaient à bord de small boats de piètre facture. Vingt-six personnes sont mortes lors de tentatives de traversée depuis janvier, selon la préfecture du Nord. La majorité des décès ont lieu près des côtes, qu’ils résultent de noyades ou d’asphyxies à bord de canots bondés. « La manœuvre sera hyperdifficile, reconnaît une source policière. Ça ne va pas être très offensif, personne ne voudra prendre de risque inutile. »
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D’après nos informations, les taxi-boats peu chargés pourraient être d’abord visés par l’expérimentation. Il s’agit de canots qui longent le littoral et récupèrent des candidats au départ qui, eux, s’avancent dans l’eau. Plus de 56 % des personnes parvenues au Royaume-Uni en 2025 ont emprunté des taxi-boats, selon la préfecture du Nord.
Collision mortelle à Mayotte
« Le risque majeur est celui de collision », souligne dans un document l’entreprise qui commercialise des filets et qui rappelle que « la responsabilité d’éviter la collision incombe au bateau intercepteur ». Le risque pénal encouru par les forces de l’ordre engagées est redouté. La collision mortelle, en juillet au large de Mayotte, entre un kwassa-kwassa et un bateau intercepteur de la police aux frontières fait l’objet d’une instruction pénale. En septembre, Le Monde révélait l’existence de plusieurs incidents similaires à Mayotte depuis une vingtaine d’années. Dans la Manche, sept militaires membres des secours sont toujours mis en examen pour non-assistance à personne en danger, à la suite du naufrage qui avait fait 27 morts en 2021 au large de Calais (Pas-de-Calais), le plus mortel depuis l’émergence des traversées.
Le ministère de l’intérieur a cherché auprès de la justice un cadrage protecteur pour sa doctrine, officiellement élaborée sous l’égide du Secrétariat général de la mer. Le 10 novembre, une réunion autour du parquet général de Douai (Nord) devait arrêter les derniers arbitrages. « Les forces de l’ordre veulent des garanties, que les cas de poursuites soient très limités », avance une source du ministère de l’intérieur. « Impossible, rétorque un autre fonctionnaire Place Beauvau. Aucun magistrat n’acceptera de donner un blanc-seing. »
Les participants à la réunion du 10 novembre se seraient accordés sur une sorte de check-list juridique. « Il faudra démontrer l’état de nécessité de l’arraisonnement : montrer que le bateau n’est pas adapté, que ce n’est pas un plaisancier ou un bateau de pêcheur, qu’il est en train d’aller chercher des gens sur la plage. Ça n’empêchera pas les poursuites s’il y a des morts bien sûr », poursuit la même source.
La finalisation de la doctrine intervient dans un contexte tendu, lié à la négociation du nouveau cycle de financement par Londres de la sécurisation de la frontière franco-britannique, sur la période 2026-2029. Dans les faits, le déblocage des fonds britanniques est conditionné aux gages que Paris donnera d’un durcissement de son action en mer. Sollicités, ni les ministères de l’intérieur et de la justice ni le Secrétariat général de la mer n’ont donné suite.
…
Reste aussi les harpons à filets pour attraper les esclavagisé.es des arènes de gladiateurs… non?
