Le musée Charlier pourrait presque valider l’adage réfractaire et archaïque « Petit Pays, Petites Pensées ». Le titre de l’exposition actuelle (jusqu’à demain) provoque le désir « Rops – Munch : Man and Woman ». Même si d’emblée, on sait que Rops
sera insolent, canaille et fripon et que Munch sera désespéré, fébrile et déroutant, j’espérais trouver un dédale de liens provocateurs et incitateurs de réflexion pour une expo qui assemble ces deux protagonistes de libertés.
Le musée Charlier est une vieille maison bourgeoise, emplie de bibelots, de verreries et de tapisseries délavées alors le contraste entre deux artistes foncièrement critiques et anticonformistes et une vieillerie citadine de l’aristocratie déchue paraissait un joli défi à relever quant à la disposition et l’investissement des lieux.
Je passerai sur l’accueil nauséabond de la caissière (laquelle d’ailleurs portait un ancien Tee-shirt « POLICE » délavé) et sur les commentaires grivois des « hommes » du couloir qui plantaient des clous dans les murs gris puisque l’Art n’attend pas la logistique pour être admiré.
Les premières gravures sont de Rops. (On comprend d’ailleurs assez vite qu’une salle Rops s’enchaîne assez primairement avec une salle Munch). Entre les meubles en acajou et les soufflets de foyer, on trouve presque au hasard les cadres des deux artistes, ici, derrière une porte ou une vitrine, là, au dessus d’un poêle recyclé en armoire, ici encore, entre deux commodes dorées ou là bas, cachés à l’orée d’une paire de rideaux empoussiérés, à un mètre quatre vingt du sol ou à un mètre devant soi sans pouvoir s’en approcher… (Dommage pour les gravures encadrées dans des châssis de vingt sur trente centimètres)
La luminosité « Fin de Siècle » s’est faite massacrée puisque les verrières sont condamnées, les miroirs qui autrefois reflétaient les bougies ont aujourd’hui pour complices, quelques spots de lumière blanche placés le long des murs, ce qui chez la personne adulte de taille moyenne (soit 1m70), provoque une inclinaison de 40° ou chez la personne de petite taille, une élévation de plantes de pieds d’environ 5 cm afin de pouvoir apercevoir l’entièreté de l’œuvre.
En deçà d’une mise en scène inconsidérée et peu précautionneuse, voici que je me remémore la pauvre présentation sur le site du musée, celle de Nathalie JACOBS, Adjointe Scientifique (adjointe scientifique ???), « La femme et, en conséquence, la relation entre l’homme et la femme, jouent un rôle de premier plan dans leurs œuvres. Dans leurs images tout à fait originales, ils (ndlr : Rops & Munch) ont réussi à captiver et à surpasser l’esprit du siècle. » (…)
J’aurais du me méfier… un début d’analyse qui débute avec un tel taux de banalité… mais il est vrai que cette introduction répond parfaitement à l’exposition puisque non seulement, les œuvres ne sont pas mises en valeur, elles ne sont pas d’ailleurs conceptualisées, mais surtout l’idée rassembleuse censée justifier cette exposition est non avenue.
A quoi cela sert-il de choisir un titre si on ne se tient pas à l’idée qu’il invoque ?
Oui, bien sûr, il y a des femmes chez Rops et des femmes chez Munch, et il y a aussi des hommes chez Rops et des hommes chez Munch…
mais où sont les commentaires d’un quelconque Docteur ès Arts et Sexualité(s ?) ou d’un conservateur de musée aficionados ? Où sont les actes pensés d’un gourmet des deux artistes autour de leurs œuvres ? Où est l’idée du débat sur les ambiguïtés de ces deux artistes, similaires et contraires à la fois ?
Finalement, où est la mise en scène ?
Pour couronner cette exposition qui ne fait qu’exposer, (que le terme sémantique premier soit loué, rien d’autre, en effet, que d’exposition dans cette exposition…), au premier étage, le conservateur de musée, souffrant vraisemblablement d’Alzheimer bien avancée, présente « un autre Rops » dans trois salles (dont une « salle de rencontre » bien mal nommée cette fois-ci). Finalement, on s’attend presque à l’existence du sujet Homme-Femme dans cette section annoncée différente, mais là, en effet, il y a une grosse différence puisque seules quelques gouaches de paysage, quelques scènes de petits bateaux sur l’eau (qui, eux, n’ont pas d’ailes, au contraire des divines harpies de Rops) sont présentées… plus rien ne corrobore avec le thème précité !
Dans la première salle, dois je citer la présence des écrits et de quelques correspondances de Rops placés dans des vitrines, lesquels n’ont encore aucun rapport avec le thème, sauf pour, bien sûr, aviser le public niais que Rops était un artiste ?
Seulement, je remercie le Musée Charlier d’avoir pressenti la pauvreté didactique de cet étalage maladroit en ayant intégré une présentation de descriptions des techniques de gravure car j’avais oublié les détails du procédé de l’eau forte ! Merci !
Vraiment, s’il fallait juste montrer « au hasard » quelques œuvres d’artistes, je cite, « Précurseurs, rebelles et solitaires » pour ramasser un peu d’argent et de notoriété afin de justifier le budget de rénovation qui débute ce 22 juin, il suffisait de créer un catalogue de vente des œuvres des deux artistes afin que d’autres musées puissent les acquérir et organiser une véritable exposition (comme l’ont fait l’Hôtel de Ville de Bruxelles et le Musée provincial Félicien Rops de Namur pour l’exposition « Obsessions »).
Heureusement que les œuvres de Rops et Munch, indépendamment des conservateurs de musées peu scrupuleux et bâtés, transpirent de contenance, d’aspirations et que le voyage au centre de leurs terres soit une étonnante jouissance, laquelle gommerait presque la gaucherie de ceux qui pensent leur rendre hommage.
