Samir, nous et la Balsamine

Samir @ la Balsamine
« Du pain pour les écureuils«  est une pièce poétique et réaliste à la fois écrite par Pieter De Buysser.
Nous y étions hier soir, bien avant le début de la pièce. Cet homme, nous l’avions déjà vu, plusieurs fois, justement là, au théâtre de la Balsamine. Nous l’avons salué. Il s’est installé naturellement à notre table. Il connait sept mots de français qu’il prononce avec un sourire, derrière ses yeux vitreux, couverts de cataracte et de joie. Nous lui sourions aussi, nous interceptons cet homme intemporel, hors de notre monde clos. Il parle avec les dents, les mains et son existence derrière son complet trois pièces gris.
Samir est Arménien d’origine Kurde, il a vécu en Turquie et a connu deux génocides.

Là-bas, il avait un magasin de bijoux, puis il a tout perdu, sauf une montre à gousset de la marque Zénith. C’est une antiquité. Le dos de la montre est gravé avec un train, le croissant et la lune du drapeau turc.

Arrivé en Belgique il y a 10 ans avec sa femme et 3 enfants, il n’a rien à faire. Les gens d’ici ne se promènent pas le soir, ne jouent pas aux cartes sur les bancs publics.

Samir a accepté d’être pris en photo, il m’a embrassé quatre fois, je lui ai promis de laisser une copie de cette photo au guichet du théâtre, afin qu’il sache combien il est beau. Il a caressé mon visage, puis a pris la main de mon amoureux. Non, nous ne nous marierons pas à l’église, Samir est déçu. Il est chrétien, pas musulman. Thomas se présente, il revient avec des boissons. Samir refuse un verre. Il regarde Thomas, il connait Saint Thomas. Il lève le pouce en l’air. Les Thomas sont des types bien.

Samir doit en être, des types bien. Il est parti fumer une cigarette avec M. Il lui a dit que les Turcs ont fait tatatatatatatatatata sur les gens qu’ils connaissaient. Qu’il a eu de la chance, peut-être, enfin, de la chance, si on peut dire …

Nous restons à table, en silence. Nous sommes fatigués, Samir sourit. Il habite juste derrière le théâtre. Il vient le soir des représentations sentir la chaleur des gens. Les gens ne le voient pas toujours, il est petit, il glisse entre les manteaux, il est un peu fantôme. En d’autres temps, son déguisement spectral a du lui sauver la vie, qui sait?

 

Si vous allez à la Balsamine, ou dans d’autres théâtres de vie, regardez bien s’il n’y a pas un Samir qui vous sourit, du coin de l’oeil blanc. Dirigez vous doucement vers lui, et tenez lui les mains, si elles sont douces, graciles et légères, et si vous avez l’impression que ça vous nourrit, si ça vous fait pleurire alors c’est Samir, je vous assure.

4 commentaires

  1. Mon amour turc connaît les Samir de là-bas, il est résolument contre les tac tac tac tac tac envers les arméniens ou envers tout le monde, il est né dans le village des oiseaux de bois, son arrière grand-mère s’appelait Médine-la-féline et dans son oeil brille la même générosité que celle de ton Samir à la balsamine, ma belle Emmy. Et j’en suis ravie. Mon amour est ouvert à toutes les cultures du monde, il connaît beacoup de mots mais il offrirait un vrai sourire à son pote arménien, en plus de la chaleur de sa belle main. Il me va bien et j’en suis fière. Je vous enveloppe très tendrement, toi et ton Moz, comme je vous aime. PicMum

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