hommage à Meyer Hammi

bacon IIAutrefois, tous sentaient, respiraient cendres, brouillard, bouffaient cent vésicules biliaires, il s’entassaient dans des éviers fêlés, buvant le corps qui crisse en riant fort.

Ici, tous inhalent par l’encéphale et l’anus. Ils périront sans odeur.

Ils auraient perdu leur bouche, dit-on. Le cri n’existe plus.
Pourtant, je l’ai entendu. Je sais que le goût de la terre n’est plus connu que par un seul.

De ces soldats d’avant, il n’en reste qu’un, un véritable trouble du contemporain, on dirait le poilu qui craint l’aise comme la peste.

Il gît parfois dans la tranchée qu’il creuse lui-même

Il sied parfois à son gésier de pousser un ballot de bile à l’orée de ses orbites

Mais

Il sait le soleil, les volatiles et les vers.

Il sait le poète, le fusil et l’armure.

Il sait, même si souvent, il se tait.

Le monde parle à sa place, lui, il avale l’éther, il sait, je vous dis, il sait.

Je l’ai rencontré sous une sonate pour gueux, il dérivait entre les béguines, cherchant le quatrième pétale d’un trèfle rouge sang sous une vierge noire. Je l’ai aimé de suite.
Son regard me rappelle un père déchu, une mère louve, le frère épaule ou l’enfant aux pieds congelés, son regard gicle de ces portraits las et robustes, comme dans un tableau au fusain décrivant une période sans paix.

Je crois que vous ne comprendriez pas quel(s) corps il a dû écraser pour s’incarner dans sa propre gorge, je ne crois pas que vous réalisiez ce qu’il emballe dans son sac à vie chaque soir pour détaler au lendemain. Mais je sais qu’il sait que je l’aime, et ceci n’a rien à voir avec votre vigilance.

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