Exposition TRANSIT – bien tôt, oh si!

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INVIT_TRANSIT_Page_1Transit.

Prenons l’idée d’un chemin.
D’un Transit pour le monde.
Chemin en avant, en après.

Cycle de trombes d’eaux et de jetées de terre.
Des animaux désordonnés comme restes.

Regardons d’un peu plus proche.

(Tout semble encore possible)

Dis…

Tu vois le hérisson aplati sur le bord du talus ? Crois-tu qu’il a mugi ?
Tu vois la biche effarée, ses yeux de bouc jaillissant sur l’autoroute ? Crois-tu qu’elle a absorbé ?
Tu vois la bouche de l’arbre époumoné de lierre et de brume ? Tu crois qu’il désigne ?

Regardons, regarder.

Le paysage entrevu par inattention est vierge
de toute souillure industrielle *

Exemples.

La fatigue d’un phasme appuyé contre un mur de brique ne ressemble pas à ce que nous connaissons. Il n’est apte à la fin que par le chemin. L’oiseau migrateur parcourant la pluie connait son but et aucune fuite ne lui parcourt l’éreinte. Le vieux chien hurlant devant son maître tombé dans l’escalier ne laissera plus jamais son échine être parcourue d’une contracture finale. Ils savent.

Et nous ?
Regardons, regarder.

Le couple s’enlace sur le toit de l’usine. Leurs pieds touchent le rebord cimenté. L’équilibre n’a pas d’attente. Enflés de trouille, nous disons, ils vont sauter, ils vont se fendre. Pourtant, le couple s’embrasse. Le couple s’aime. Ils ont clos yeux, oreilles, trous. Et pourtant, dans ce couple, tout se dit, de l’un à l’autre. Au milieu d’eux, une petite voix chuchote « ne meurs pas, ne meurs pas, ne meurs pas, ne meurs … ». Ils aiment.

Et nous ?
Regardons, regarder.

Les gamins sales courent sur la corniche, une tempête acerbe les balaie. L’eau les berce, le sel les fige, le remous les plonge. Nous disons, ils sont morts, ils sont commémorés, ils sont remplis. Mais les enfants attrapent leurs corps étoilés, agacent les anémones, pissent dans les flots, puis refont surface après quelques heures de noyade, gracieux comme des exocets argentés. Ils jouent.

Et nous ?
Regardons, regarder.

Les fusillables dorment contre leurs joues émaciées, les lits métalliques pénètrent leurs corps. Les enfermements donnent à l’air un goût de rance. Leurs juges jouissent dans le visage de lolitas inspirées, pendant leur temps libre. Les frontons blancs sont leurs limites, ils fardent leur visage d’albâtre et de sperme fluide et disent « nous sommes hauts et puissants ». Les enfermables, quand le mur est couvert de merde, il ne leur reste plus qu’ongles incarnés pour gratter. Ils résistent.

Et nous ?
Regardons, regarder.

L’homme assis sur l’égout attend le passage du premier métro, sa chaleur ambulatoire. Les passants écrasent le sol sous leurs convictions. Le vide s’articule parfois entre deux visages, et quarante centimètres deviennent démesurés. La dîme à la mode. Des choristes reprennent une litanie dans la nef adjacente aux immeubles vitrés. Les phares filent le fil des Parques dans un tunnel. L’homme assis connait la chanson, il ouvre la bouche pour une note mais une chouette s’envole, jusqu’à la prochaine nuit. Il rêve.

Et nous ?
Regardons, regarder.

Une mère accouche de plusieurs. Elle les place au creux de l’édredon, sous les fougères, leurs bras croisés. Elle appuie doucement sur leurs cœurs, posant la question « es-tu là ? ». L’un d’entre eux, aux yeux noirs, régurgite un œuf plus gros que lui. La mère le cale sous son aisselle, couve. La forêt s’enflamme. Tout le monde prend la route, se fait claquer par les branches en fer, les guitares en bois, les tables en mousse. La mère, trop loin du lieu dit, la fumée dans les narines, décide par cri, de serrer l’aisselle. L’œuf sera le seul prochain. Heureusement elle ne sait pas qu’en courant, son aisselle a écrasé le nouveau premier. Elle ne sait pas.

Et nous ?
Regardons, regarder.

Venons, de la naissance sans contrepoids à la petite décomposition, le voyage est au bout du souffle. Expirons d’un mouvement spinal.
Un chemin invite ou tue.
Accepter le transit permanent pour que ça prenne, ça retourne, ça rebiffe, ça pense, ça regarde, point de suspension ad libitum…

Et nous ?
Et ça ?
Regardons, regarder…

 

« Quand il faudra refermer le livre,

ce sera sans regretter rien. »



 © Milady Renoir, la CoUrBE du CUBE

* Citation de Higelin & Areski
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