Un Japon au conditionnel : Deux passages vers un seul lieu par Gilbert Lascault

 

il y aurait deux portes pour entrer dans une salle, l’une de hauteur humaine, l’autre semblable à une chatière pour homme. Il s’agirait peut-être de marquer l’importance des passages, des circulations entre un prétendu intérieur et un supposé dehors. Redoubler la porte, sans nécessité extérieure, sans donner à chaque trouée une fonction précise et différente de celle de l’autre, cela inciterait celui qui entre à prendre au sérieux l’acte de passer d’un lieu à un autre. S’il décidait de passer par la porte plus petite, il devrait modifier sa démarche, donner à son corps une forme provisoire, vivre l’entrée comme une épreuve (à vrai dire très facile), comme une ascèse (à vrai dire très courte). S’il choisissait la porte plus grande, il éprouverait un bref sentiment de liberté, d’aisance, en sachant qu’il aurait pu (selon un autre choix) avoir l’obligation de se courber, de se contraindre. Seraient ainsi provoqués des sentiments rapides, des sensations légères, mais capables peut-être de perturber des habitudes lourdes et de vieux oublis du corps.

Dans ce redoublement des portes, il y aurait aussi peut-être le désir de penser le deux non pas comme répétition du même, mais comme dissymétrie.’