Désordre #1

Désordre #1 :

Tout a commencé dans les entrailles.
Avant ça ?
Peu de choses, pas d’élan, ni d’envie. À peine quelques cellules, atomes, 2, 3 protozoaires, des lignes, un point ou deux.
Bref.
C’est donc dans la panse, les galeries, au fond des plomberies que le bruit a essayé.
Un tumulte délicat ?
Oui, un semblant d’avenir, à l’échelle microbienne. Un éclat petit comme une tapette à souris ou à mouche dans le cosmos. Je n’y ai pas prêté attention. Il y a tellement de bruits entre les tempes et les flots qu’un clic d’ongle ne donne pas le change.
Seulement, il est monté. Il s’est élargi, endurci et a atteint l’orée du plexus. C’était encore gérable, l’air circulait entre les territoires ; les espaces se définissaient par des noms connus ou logiques. Passifs ou surpris, ils l’ont laissé passer. Il s’est nourri de ce qu’il a trouvé sur son passage. Autant en emporte le… j’ai commencé à l’éprouver. Sans contours, ni dimensions, je voyais bien où il voulait en venir. J’m’attendais à le voir jaillir à tout moment, dans l’air, le temps.
Entrevue avec le mystère ?
Oui et non. Au moment où je ne l’attendais plus, il a débordé de la bouche. Un crachat comme une pelote de chouette, un ramassis de tous les nœuds du monde.

 

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 (illustration « dream anatomy » de Odoardo Fialetti)