à Bordeaux, le samedi 28 mai, a eu lieu la 4ème performance d’un travail introspectif autour des notions de répulsion, de séduction et de soi/moi face au public dans la scène.
J’ai placé au cours des interludes entre ces 4 performances qui s’échelonnent de octobre 2009 à mai 2011 encres, peaux animales, fils et autres supports symboliques de mes obsessions, lesquelles ont eu la part belle dans ces installations organiques.
J’ai récolté tout le long des 4 interventions des idées noires ou blanches, allant du ressenti après la performance à un objectif (protocole) préalablement en passant par des réflexions sur l’artiste que je pourrais/voudrais être.
Elles sont en vrac, comme tous les objets que j’offre à voir et à penser lors des performances, au flux de ce qui devient important. Elles sont aussi pensées comme une sorte de récit et approvisionnent également l’écriture (encore trop virtuelle) de mon roman « Bloody L. ».
Voici donc le brol introspectif. J’ai mentionné la 4ème sur 4 performances car je crois que celle de Bordeaux a permis mon indicible d’émerger. La réflexion après cette apogée doit se faire à l’intérieur de moi, de mon corps et de mon intime. Les limites franchies (pour ce que je suis et désire montrer) sont les bordures de ce qui me convient, à l’instant où je l’écris et le pense. Cela me permettra également de visiter d’autres frontières, sans pour autant éliminer les aventures et les passerelles entre mes récurrences.

> Appelons la femme un bel animal sans fourrure dont la peau est très recherchée.1
La peau fournit des informations directes sur le monde extérieur. Liée à vous, même succinctement, je serai sensibilisée
Mes sens, mes instincts, mes intentions seront des filtres vers ce que vous êtes là face à moi à ce moment là
Créer le lien en saisissant une veine de laine, en m’attachant à vous (ou vice-versa) et en partant sera le lien. Jusque quels lieux existera-t-il encore ? Où le cœur existe-t-il encore ? Loin des yeux, loin du corps ?
Envisager ce lien laissé ici, après vous, à terre, déposé, rapporté, rendu, découpé, revigoré, transmis, apprivoisé, offert à quelqu’un, comme un lien qui borde nos envies, reste une embellie, une agréable pensée
Le MOI étant d’abord et avant tout un MOI corporel, c’est donc avec ce corps que je me montre. Un corps cadre. Un corps contexte. Un corps atelier. Un corps laboratoire
La relation entre l’oralité et l’épiderme constitue à mon sens, le prototype de toutes les relations.
Parlez si vous le voulez. Gardez silence. Je ferai quelque chose dans l’instant, réponse en mot ou en absence.
Le lien se veut spontané, sans bordure polie
(…) C’est grâce à notre image du corps, portée et croisée à notre schéma corporel, que nous pouvons entrer en communication avec autrui. Tout contact avec l’autre, que ce contact soit de communication, ou d’évitement de communication, est sous-tendu par l’image inconsciente du corps. 2
J’offre ma peau (derme ou conscience) comme interface, comme feuillet d’un lien littéraire, physique, cordial, curieux, surprenant et je suis recouverte car je suis collectionneuse, fétichiste, ogresse et chaotique
Des questions ?
Des questions ?
Des questions ?
Qu’est ce qu’un lien entre deux êtres? Deux ‘être’ ? Qu’est ce qu’un lien virtuel ? Qu’est ce qu’un fil tendu entre des chairs muables ? Qu’est ce qu’un fil rouge, une amitié ?
Une récurrence ? Qu’est ce qu’une veine ? Une destinée ? Un cheminement ? Une vision ? Que tisse-t-on avec le temps ? Avec nos échanges ? Nos flux ?
Des questions ?
Que font les autres avec moi ? Qu’est ce que je peux faire avec mon corps ?
A qui suis-je quand je dis je suis à toi ? Se donner ou s’offrir ?
Je suis un squelette psychique bordé de chairs et de peaux comme vous. J’ai un radar animal et un instinct crétinisé.
Je me cuculise à longueur de journée.
Néanmoins, ici, ce soir, je voudrais vous montrer mon enveloppe physique sous une forme réfléchie.
J’ai d’abord pensé me montrer nue, à nu. Puis recouverte, dissimulée pour qu’un travail cérébral de votre part s’effectue. Finalement, j’en suis arrivée à me dire que je serais comme je peux être, là, recouverte, découverte et ouverte… formule facile, pardonnez.
La fourrure, c’est une peau qui change de bête3.
Je ne me sens pas protégée par ce que vous êtes.
Je ne me sens pas non plus en danger.
Je suis au milieu de la ligne, accrochée au lien. Je ne suis pas sûre de pouvoir exprimer tout ce qui se passe.
C’est tellement plus facile d’exprimer ce qui ne se passe pas, ceci est une forme de phrase sociologique de comptoir.
La peau est une surface porteuse de poches et de cavités où se logent les organes des sens.
Chaque regard de vous sera une greffe sensorielle.
Gêne, timidité, curiosité, séduction, provocation, invitation, froideur, bienveillance, …
Vous pouvez considérer que cette performance est une réification, vous avez raison
Vous pouvez considérer que cette performance est une allégorie, vous avez raison
Vous pouvez considérer que cette performance est une petite merde, vous êtes une petite merde avec moi.
Dans ce lien en cours, se composera aussi une lutte contre mes anxiétés, mes complexes et mes départs
Mes variations physiques et mes images intérieures dénigrantes, malgré cette exposition d’un moi mis en scène là, seront comprises dans mon état quand je suis là, face à vous
Je suis consciente que les axiomes des théories de l’attachement tournent souvent autour de l’érotisation. J’en suis consciente –
Devant vous, je deviens forme, je reste concept, je suis organisation primitive de sangs, de chairs, d’os.
Toutes ces évidences m’ont permis de suivre un cheminement mental et psychique qui me mène jusqu’à la pratique artistique de cet événement ce samedi soir à Bordeaux.
Le langage est une peau : je frotte mon langage contre l’autre4.
Aussi, je suis une amie de mes amis, je suis souvent émue à la lecture des motsdes autres. j’ai beaucoup de mal à lire ce que je ne choisis pas.
je suis Milady RENOIR poète organique surnommée la CoUrBE du CUBE j’ai l’ego balaise fier à bras
Je n’ai pas d’à priori sur vous
Je sais que certains amis viendront voir ce que je fais là
Je sais que certains membres de réseaux sociaux et culturels ont entendu parler de cet événement
J’aimerais que mon fils vienne tirer sur mes fils, foutre le bordel dans mes tissages, comme pour dire « et mon cordon ? »
A un moment, avec la fatigue ou l’anxiété ou les aléas du temps, du lieu, de l’espace, il se peut que vous ne deveniez dans ma perception que des objets, un public, une masse foule ou des piquets humains ou des rythmes ou des tendances orales, il se peut que je ne vous considère pas pour tout ce que vous êtes à certains moments, même face à moi
Il se peut qu’on s’oublie plus vite qu’une gorgée ou moins vite que la fonte des icebergs
Vous pouvez interpréter ma démarche comme du narcissisme
Je suis aussi sur Facebook. J’y ai plus de 2300 amis, quelque part, c’est important et ailleurs, je m’en fous totalement
J’habite mon corps la majorité du temps
On n’est jamais seul dans sa peau
On n’est jamais seul face à soi
J’ai récemment posé nue pour Femmes d’aujourd’hui ; un article sur les femmes et leur rapport au corps, frosses filigormes obèsiques anorexèses
Peut-être qu’à partir de demain, nous nous reconnaîtrons, que ferons-nous de cette reconnaissance ? Serons-nous liés ?
Là, il se peut que vous repériez des défauts physiques que j’estime et que vous considériez des qualités esthétiques que je déplore. N’en parlons pas, tout est question d’image et de vision
Je suis névrosée à plus de 50%, ceci n’est pas une confession mais une forme de prudence face à la perception qui se fait bien trop souvent dans l’urgence et la catégorisation, je vous dis cela et je cache d’autres choses, plus ou moins graves
J’aime danser à terre. J’aime être allongée par terre
Ne me confondez pas avec une peau de chagrin
J’aime l’enveloppement humide, qu’il soit eau vapeur ou sperme, ici, je ne provoque pas, j’énonce également eau et sperme.
Pourvu que tout soit chaud
Je remercie les influences5 sur ce que je suis ce que je pense ce que je crée
Je ne suis pas une intellectuelle, je suis une fille intelligente avec un ou deux boutons sur le cul, des poils incarnés et de la cellulite
Je suis une belle femme gironde maladroite et grande gueule à la pensée curieuse
A la fin de cette performance, pétrie de regards, courbée de fils tendus, je crois que je pourrais assimiler cette expérience avec une autopsie.
Le corps est ressenti par l’individu comme le noyau de son self-imaginaire. 6
Je ne sais pas ce que je retiendrais de vous, de moi et l’événement.
Je ne sais pas quel souvenir fomentera.
Une forme de reconnaissance, sûrement, au sens du remerciement, de l’obligation.
Je ne sais pas si vous voyez ce que je ne veux pas dire.
Je ne sais pas.
AIR CONNU: je suis une Joconde fertilisée, je suis une armure contre l’amour, je suis le CUL entre deux chaises, je suis une ballerine pendue au projecteur, je suis un citron vert pomme, je suis un nombril qui se regarde, je suis Elephant Woman, je suis True Woman Capote, je suis un tremblement de mère, je suis une facture impayée je suis une petite fille à la tête rasée, je suis une peste qui réclame son quatre heures, je suis un serre-tête de bourgeoise frustrée, je suis une louve en rage, je suis une montée de lait, je suis la barbe au DESSUS des draps, je suis une verrière cassée par des pigeons morts, je suis la CoUrBE du cube, je répète, je suis la courbe du cube, je suis une équilibriste sur un fil à couper le beurre, je suis un fœtus rebelle, je suis une dépenaillée grandiloquente, je suis une passerelle aléatoire, je suis un grenier embrumé, je suis un univers référentiel décadent, je suis un jarret de cauchemar mariné, je suis la CoUrBE du Cube, je suis le sbire de l’esclave, je suis un don de Pieu, je suis une Barbie brune, je suis Martine à la plonge, je suis une pomme paumée, je suis la fumée sans feux, je suis un carrosse avarié, je suis une descente de malice, je suis l’ovaire de gauche, je suis une souricière à porcs, je suis la valise d’un juif ressuscité, je suis une mosaïque répudiée, je suis une tour de pas belle, je suis une colombe sodomisée, je suis un coffre-fort violé, je suis un lit mouillé, je suis une cochonne pendue, je suis un colis piégé à l’hélium, je suis une plume de Pan, je suis une poupée en placenta, je suis une chambre à air conditionné, je suis le liquide amiantique, je suis la CoUrBE du cube, je répète, je suis la courbe du cube, je suis une femme tronche, je suis un cœur tronc, je suis un fil sans poteaux, je suis un poteau sans jus, je suis une articulation orpheline,
L’art se situe dans l’intervalle, mince comme la peau, qui sépare la vérité du mensonge.7
AIR reCONNU: Je suis une pingouine emmitouflée, je suis une redingote rapiécée, je suis une Percheronne estropiée, Je suis un champ de choses, je suis un parti pris multiple, je suis une caisse comblée, je suis un camp d’exploration, je suis une feuille blanche, je suis un poing de côté, je suis un bourrelet cotyloïdien, je suis une cognée de décisions, je suis une thérapie mutilée, je suis un corps inachevé, je suis une obèse qui baise, je suis un ru de survie, je suis une farce mélancolique, je suis en Etat d’aspic constant, je suis un vol statique d’é-vol-ution gravitationnELLE je suis une orange givrée mécanique, je suis un manège bourreau d’enfants, je suis un singe qui sage l’homme, je suis un ventilateur fané, je suis la CoUrBE du cube, je répète, je suis la courbe du cube, je suis un vagin édenté, je suis le cinquième pied de la table, je suis une surdité esthétique, je suis la zone interdite, je suis un théorème de mandragore, je suis un dégel boueux, je suis une oeuvre barbelée, je suis un complexe de tripes, je suis une issue sans sa cour, je suis un préau sans marelles, je suis un avenir sans solde, je suis une apprentie souricière, je suis un virage en épingle à nourrice, je suis une vibration adipeuse, je suis un pari non tenu, je suis une boîte à rire jaune, je suis un piège à cons, je suis un chat de ratière, je suis un kit kat de survie, je suis une lune de fiel, je suis une gourde à sperme, je suis un appât mort, je suis une frustration en sauce, je suis une poupée de pire, je suis un son de Vénus, je suis un coussinet interpubien, je suis une veine sapphiste, je suis un nerf obturateur, je suis une artère externe, je suis une jument de Troie, je suis la vache d’un prisonnier, je suis le ventre d’un arbre, je suis la CoUrBE du cube, je répète, je suis la courbe du cube
