FRANCE CULTURE – ATELIER INTERIEUR (merci Amélie) – Sérendipité

23h et s’ouvre l’Atelier intérieur…au mot serendipity. Serendipité en français. Il est inventé le 28 janvier 1754. Puis oublié pendant un siècle. Puis ré utilisé. Et maintenant prononcé, écrit, dit, répété. Serendipité. Il célèbre dans nos vies, l’inattendu. Comme si on en avait soudain besoin. Comme si d’ordinaire on s’attendait à tout, comme si on était fatigués. C’est l’anglais Horace Walpole qui créé le mot, on pourrait le définir par : découvrir par hasard ce que l’on ne cherchait pas. Des découvertes, beaucoup, ont été faites par des hommes partis à la chasse d’autre chose. Mais voilà la question : est ce que la serendipité, ça arrive à n’importe qui ? Est-ce qu’il faut un talent pour s’ouvrir au hasard ? On a assez de sagacité ? Il faudrait oui, avoir l’esprit préparé. Savoir lire les signes. Y prêter attention. Il faudrait un effort, et tant pis pour les fatigués. L’image de départ ce soir serait celle là : fabriquer un monde à partir du néant. Scène vide. Petit à petit il faut recomposer. Découvrir la lumière, le langage. Antoine Defoort dans Germinal déterre un micro. Le micro fait entendre un bruit. Une voix. Des mots. La parole. Un peu plus tard c’est un ordinateur qui est trouvé, « par hasard ». Aujourd’hui il existe une serendipité programmée. Nos machines tentent de savoir, de faire des liens, de nous faire croire que par hasard on cherche ça mais pourrait cliquer ici. Si on tape une lettre dans un moteur de recherche par exemple : Ceci. Google propose : ceci est mon corps, ceci dit, ceci est la vérité, ceci est une révolution, ceci est un test, ceci est une fiction, ceci est un poème qui guérit les poissons, ceci est un spectacle d’improvisation, ceci est un statut en manque d’inspiration. Nouveau poème avec toutes nos recherches accumulées. Qui a écrit : ceci est une révolution. Qui a écrit assez de fois : ceci est une fiction pour que cela apparaisse ? Ta recherche peut donc être mon hasard. Tu peux être mon hasard. On peut se rencontrer, voilà ce que le hasard permet. Si un mot fait parler son époque, celui-là dit quoi de nous ? Serendipité. Les mots ont de la vérité. Les fictions les inventent et les poussent dans la réalité. Serendipité maintenant ça existe. Nous sommes en chasse de quelque chose, les hommes chassent, sans cesse, peut être à s’épuiser, c’est pour ça qu’il y a des fatigués. Ce soir nous allons déterrer par hasard un micro, apprendre un nouveau mot, et par serendipité, réinventer une façon de parler, pour se rencontrer. »

http://www.franceculture.fr/emission-l-atelier-interieur-numero-26-serendipity-2014-03-03