dévorationS

le temps qu’on leur donne et qu’ils prennent, ces moments de nos corps mis à disposition de leurs maladresses, nos veines dissimulées sous les pierres chaudes de leurs promesses, toute promesse n’est jamais tenue, pourtant néamoins cependant au moindre matin, sourire indécis mais résilient, on donne un jour de plus, un muscle, un sursaut, les yeux rougis par leur indécence provoquent en nos thorax une rédemption, ils savent convaincre, ils savent larmoyer, ils feront mieux demain, ils seront bec et ongles à nos côtés demain, chaque parole écoutée, prise en compte émerge d’un désir qu’ils savent provoquer pour mieux l’anéantir quelques minutes après, de sorte que la mémoire de leurs actes se mélange aux crispations, aux dénis, aux indulgences jusqu’à ce qu’on n’imprime plus, ni leurs rages, ni leurs sombres dents serrées, ni leurs doigts menaçants, ni leurs mots crus bien crus bien saignants, si bien que toute impression s’atténue, plonge dans le doute, est-ce possible, est-ce nuisible, est-ce de l’indélicatesse, leur enfance peut-être même leur fragilité qu’ils ne nous donnent pas correctement, peut-être qu’ils ne savent pas ce qu’ils font, sont, bon, alors on donne l’absolution une fois, dix fois, cent quatre six fois, mille quatre fois, les bons comptes font les bons amis, on finira par taire en nous et en le regard des proches la possibilité de la sortie de secours, vasistas fêlé, on plâtrera tous les fracas, perte en bouche et merde sans couche, on nettoiera tout ça, avec du crin, de la paille de fer et de la poudre à récurer, jusqu’au fond de nos culottes, dentelle ou coton, mensonge ou désillusion, on allumera un cierge en confession ou une bougie en absolution, vierge fidèle et putain trop belle, mère folle et femme colle, on entend les rimes de la routine poétiser la réalité, on finit parfois par émettre le mot passion, comme les journaux à sensation, esthétiser l’affaire comme une culpabilité pas belle à nommer, peurs aux ventres, cervelle amère, adrénaline et cortisol pénètrent nos chairs, on place des serrures dans les syllabes, les cris fusent, les murs grincent, moi, je me souviens bien quand il venait cracher sur la porte de ma chambre que je fermais à clé, avec la litière de mon chat à droite de ma table de nuit sur laquelle un livre de récit qui faisait illusion avec mon apparente puissance sociale grande gueule, à gauche, un seau d’eau pour me débarbouiller, pour qu’au matin, quand il feindrait le sommeil, je pourrais aller travailler avec la gueule du quotidien et l’air de rien, et que même qu’après sa crise de crise de crise de crise, il s’éteindrait dans le canapé, avec rage against the machin truc ou joy division ou porno for pyros à fond pour que mon sommeil ne trouve pas de place de parking, et puis parfois il serait venu déposer un objet rare dégoté chez une autre fille ou sur un stand de marché aux puces sur mon lieu de travail pour montrer patte blanche et visage d’ange, malgré ses tatouages (appropriés) Maori de dialogue avec les ténèbres, images mortes sur ses épaules pour affronter son propre néant, et alors je n’aurais qu’à croire au moins pire, au plus offrant, au plus serviable de ses atouts, même qu’il aurait cuisiné un onglet aux échalotes avec une moutarde à quinze euros et un plateau télé pour apaiser les nerfs, et même que je passerais ma soirée à découper les nerfs de la pièce de vache bien cuite à point dans l’impossible espoir de ne plus être que viande ni échalotes marinées au vin et à l’amertume, et qu’en le voyant si petit dans son incarnation et si énorme dans sa piètre saloperie de bouche mielleuse, même là, j’aurais encore la pitié de lui ou la pitié de moi et qu’au nom d’une impossibilité d’ailleurs, on reste, je reste, on attend, j’attendais, un moment d’inadvertance, un espace-temps retour vers un futur plus que parfait, une dernière indécence qui ferait dernière goutte dans la vase sans limon, et même qu’encore, à sa main entre mes lèvres, à donner un pauvre doigt pour chercher à galvaniser mon intimité, aucun suc ne s’échapperait plus de moi, mais la forme gît, mais la carte postale surgit, on zappe sur la chaîne des premiers moments, où pourtant, on l’avait pas senti, où cependant, on s’était prévenue, promise à ne pas tomber dans le panneau, mais la myrrhe, l’encens et l’or de l’étoile nous a brûlé les rétines, et la prise des serres du rapace ceignent la levrette apeurée avec l’appeau du pire des agneaux, celui qui n’a pas peur d’être fou.

ET qui des autres deviennent charnières, vis, pelles, décapsuleurs, déboucheurs, une autre comme soi, une autre pas comme soi, une professionnelle de l’écoute, une guerrière, une femme dans le bus, un homme dans un hôtel, une caresse dans un couloir, une tape dans le dos, à plusieurs reprises après la chute, le corps entre dans un besoin de reconnaissance avide et méfiant à la fois, c’est la période transitoire du flou et du tout venant, amorce et hameçon dans les pupilles, regardez nous, observez moi, dites moi qui ça vous fait, à moindre coût, ne demandez pas trop, ne dites pas tant, attention à la psychologie douteuse, aux conseils des sans histoires, aux pratiques des soigneurs désincarnés, et ça dit pareil, et ça globalise, et ça vulnérabilise, pas qu’on soit à ce moment là des dolmens de granit déjà, au milieu des injonctions, quelques phrases dans des bouches fortes font effet, une minute par ci ou par là au milieu des heures ténèbres, un éclat de porcelaine qui sort de la peau, un pétale de verre qui sort de l’oeil, les petits morceaux expient, on arpente un territoire qui n’a rien à voir, on refait pas tout pareil, même si y en a d’autres, même si on les repère, parfois même on les teste, les mêmes que lui, pour voir si on a bien compris, parfois, on en chope un moins pire mais parce que le marché est restreint et qu’on n’y croit toujours pas tant, mais quand même, à un moment, on a le cuir tanné et la chair moins tendre, on développe des stratégies d’évitement, c’est pas que de la force, c’est pas que de la confiance, c’est un peu de trouble et un peu de doute mais on y va, parce qu’on a quand même compris des trucs, ça s’accumule, ça s’ajoute, et même s’il revient, l’autre effronté avec des insolences au coin d’une rue ou d’un rêve, ça barricade, évidemment qu’il n’y aura plus confiance 100%, que ça va plus le faire sans filet, on tire sur une corde érodée, mais c’est bon, là, on a compris.

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