Je nous fais le coup de j’ai un ami…


J’ai un ami ex-sans- abri,
lui, disait, SdF (saleté de fRance),
J’ai des camarades sans chez soi qui accueillent les gens dans leur cœur,
J’ai perdu des amis morts à cause de la rue, plutôt de ce qui les pousse dedans,
J’ai eu un amant qui a vrillé dans sa tête à cause des violences politiques qui le virait de centres en centres d’urgence,
J’ai écrit de la poésie avec des personnes sans abri, ni de jour ni de nuit, puis on l’a lue dans la rue,
J’ai eu une correspondance de plusieurs années avec FP Mény –
Auteur sublime qui est mort de froid et de fatigue et de…
dans une grange à 10 bornes de chez ma génitrice qui devait le capter
Fred Efpé Mény – Écrivain Parisien, Clochard de France. **
J’ai des souvenirs quand j’étais une meuffe à la rue à Londres, pas longtemps heureusement,
J’ai des mémoires grillées par la peur de « finir » à la rue comme disait ma grand-mère qui flippait que…,
J’ai des rappels d’images de regards de tenanciers de squats bien plus flippant que ces regards de rongeurs et cafards qui logeaient gratis,
J’ai une amie sans abri qui participe à l’ouverture festive de bâtiments pour loger des personnes sans pap’,


En vrai
Pas possible d’en parler autrement.

C’est d’ailleurs dans un contexte comme ça que j’ai rencontré Khalid
Qui lui aussi écrit ce que ça fait et défait

Et puis tantot, on sera dans cette salle gothique de l’hôtel de ville bruxellois.
J’espère que y aura pas trop de politiciens enrubannés d’étoffe brillante serrée
sur leur ventres d’irresponsables bien nourris.

https://facebook.com/events/s/ceremonie-dhommage-aux-mortes-/1645660596507276/

On va pleurer et sourire
Se faire des accolades discrètes
Ou laisser les gorges émettre des éclats.

Puis on attendra le prochain décompte de 2026.

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Texte de Khalid

« J’avais 17 ans.
Un sac de sport.
Propre, soigné. Parfaitement présentable.

La nuit, je marchais.
De terminus en terminus.
Pour ne pas avoir froid.
Pour ne pas penser.

On ne sait pas, avant de l’avoir vécu, ce que la rue fait au corps.
Ce qu’elle fait au temps.
Ce qu’elle fait à l’idée qu’on se fait de soi-même.

Une nuit. Puis une autre.
Un refus. Puis un autre.
Jusqu’à ce que quelque chose, en vous, commence à croire que c’est normal.

On devient progressivement un étranger.
À la société et à son propre corps.
Et même quand on en sort -si on en sort- la rue reste là.
Dans la chair. Dans la tête.

Elle raccourcit les vies.
Pas seulement en années.
En espérances.
En avenirs.

On ne meurt pas du froid.
On meurt des politiques qui méprisent, stigmatisent et excluent les plus pauvres.

80 personnes.
80 noms.
80 vies qui ont croisé la rue en région bruxelloise en 2025. Et qui ne sont plus là.

La rue n’est pas une fatalité individuelle.
C’est le produit de choix politiques.

Demain, jeudi 28 mai, à 11h, le Collectif MortsdelaRue organise sa cérémonie annuelle d’hommage à l’Hôtel de Ville de Bruxelles (Grand-Place, entrée par l’escalier au lion dès 10h45).

« Ne meurent vraiment que celles et ceux qu’on oublie. » »

** FP Mény et ses écritures ont été en partie publiés https://www.facebook.com/share/1F5MZ9VNHq/

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