Depuis très très longtemps les êtres vivants des abysses me fictionnalisent.
Leurs allures, leurs complexités, leurs modalités de vie, de longévité (parfois des centaines d’années) et d’interaction entre elles ont fabriqué des dizaines de mythes et de récits, des plus métaphysiques aux plus premiers degrés. Jusque dans les tréfonds de nos psychés, de nos Éros aux autres démiurges moins invocables.

De Jules Verne à Ernst Haeckel, de Donna Haraway à Hokusaï, les auteurices de récits des fonds de notre histoire commune ont modelé nombre de nos rêves de survie.
Une part de l’humanité s’est emparée d’elles pour nommer la menace de l’intérieur, de revendiquer des violences intestines, de nous métaphoriser en monstres.
Face à nous, vous, Krakken, Vouivre, sirènes et isonade… surgissez pour nous ramener à notre condition humaine.
À la vue des incendies meurtriers causés par les fantassins belliqueux dénués de toute martialité, j’en viens à souhaiter que ce bestiaire remonte quelques paliers, mute vite puis monte encore plus vite les escaliers des palais, et encorne et enfile et encercle et étouffe… ces colporteurs de mort, ces charlatans politiques et que leurs restes soient muséalisés en orbite pour la nuit des tant.

Merci à elles d’exister en dessous de nous.
