Une étagère un peu trop nourrie de la BiBliOlivier propose des ouvrages de re-lecture des -ismes (Frascisme / Sionisme / Impérialisme / Suprématisme / Racisme…) – Certain·es nomment le climat actuel « Montée » du fascisme quand d’autres n’ont jamais cessé de le subir, tant dans leurs territoires occupés que dans les pays européens (etats-unis compris). Je relaie ici un article qui remonte les filatures de l’Hydre bien organisée, bien nourrie, mille têtes au moins:
« Avec le « Save Europe Act », l’extrême droite mène campagne pour imposer dans le public l’idée d’une expulsion de masse, ou « remigration » des étrangers présents sur le vieux continent. Une conférence sur le sujet est prévue à Paris ce 31 octobre prochain. L’Observatoire des multinationales a mené l’enquête sur l’origine et les soutiens de cette campagne ainsi que sur les entreprises de services numériques sur lesquels elle s’appuie pour héberger son site, récolter des dons ou encore organiser ses événements. Certaines sont étroitement liées aux réseaux de l’internationale réactionnaire et notamment aux mouvements intégristes étasuniens. D’autres, comme DonorBox ou Weezevent, ont pignon sur rue.
Publié le 13 octobre 2026 , par Anne-Sophie Simpere

Elle se présente comme la première initiative citoyenne européenne « patriote ». Le « Save Europe Act » est une pétition lancée en mai dernier pour demander un moratoire sur l’immigration en Europe et l’expulsion de masse des étrangers, y compris ceux qui y résident légalement. « Cet appel est très ouvertement raciste, il s’agit de refuser toute migration ’non-occidentale’ », dénonce Emma Fourreau, eurodéputée du groupe de gauche GUE/NGL.
Le principe d’une initiative citoyenne européenne est de recueillir un million de signatures d’électeurs dans plusieurs pays européens afin d’obliger la Commission européenne à répondre. Dans ce cas, sans surprise, l’exécutif bruxellois l’a écartée d’emblée, car violant le principe de non-discrimination et les valeurs fondamentales de l’Union européenne. Ce que les porteurs de la pétition se sont empressé de présenter comme un nouveau signe d’une trahison des élites. « Le but du ’Save Europe Act’ c’est d’altérer la confiance en la démocratie, en se présentant comme une initiative citoyenne que la Commission refuserait d’écouter », analyse Jelle Postma, directeur de Justice for Prosperity, institut de recherche dédié la protection de la démocratie et des droits des groupes vulnérables, qui a enquêté sur le sujet.
La peur des migrants est instrumentalisée pour lever des fonds, collecter des données des soutiens, et s’en prendre aux institutions européennes.
Malgré ce rejet, les instigateurs de « Save Europe Act » continuent de faire du bruit, en organisant des rassemblements un peu partout sur le continent dans le cadre d’un « European Shield Tour ». Avec pour objectif d’imposer l’idée d’une « remigration » dans le débat public mais aussi, au passage, de récupérer des dons et des adresses. « La peur des migrants est instrumentalisée pour lever des fonds, collecter des données des soutiens, et s’en prendre aux institutions européennes », poursuit Jelle Postma. Alors qu’une conférence sur ce thème est annoncée à Paris le 31 octobre, l’Observatoire des multinationales a mené l’enquête sur les réseaux derrière la campagne actuelle pour la « remigration » – qui vont bien au-delà de l’Europe – mais aussi sur les infrastructures numériques qui permettent à ses narratifs de se propager.
« Ce qui m’inquiète c’est que c’est en train de sortir de cet aspect groupusculaire »
Le « Save Europe Act », tout comme l’idée de remigration, est portée par les franges les plus radicales de l’extrême droite européenne. L’idée a été lancée par l’influenceuse néerlandaise Eva Vlaardingerbroek – dont les propos xénophobes à répétition ont poussé le Royaume-Uni a lui retirer son autorisation de voyager – lors d’un sommet sur la remigration en mai 2026 à Figueira da Foz, au Portugal. Gregory Bovino, ancien commandant de la très controversée police de l’immigration étasunienne ICE, y était l’invité d’honneur. Autre initiateur : Martin Sellner, cofondateur du mouvement identitaire autrichien, issu de groupes néo-nazis et que l’Allemagne a aussi tenté d’exclure de son territoire. Sur le canal Telegram du mouvement, les propos sont à la hauteur de la radicalité des fondateurs. En juin, les expressions de soutien se sont multipliées après la condamnation en première instance de la militante identitaire française Thaïs d’Escufon pour « injure publique à raison de l’origine, de l’ethnie, la nation, la race ou la religion ». Elle avait affirmé à la télévision que les « hommes, immigrés africains noirs et arabes » constituaient le principal danger pour les femmes.

Cela fait des années que ces activistes veulent imposer l’idée de « remigration » dans le débat public, au-delà de leurs cercles au final très confidentiels. Dès octobre 2024, Eva Vlaardingerbroek se réjouissait de l’augmentation de l’utilisation du terme, et tweetait à ce propos : « Nous poussons la fenêtre d’Overton en temps réel. » Le Save Europe Act apparaît surtout comme un prétexte pour faire émerger le sujet sur les réseaux sociaux et dans les médias. De même pour les rassemblements de soutien organisés un peu partout en Europe cet été. En France, ils ont été interdits à Lille et à Lyon, ce qui a donné lieu à plusieurs articles de presse mentionnant la campagne. « Avant, les médias n’en parlaient pas, et aujourd’hui le terme apparaît, constate Damien Carême, eurodéputé GUE/NGL. L’extrême-droite mène un travail de fond pour que leurs thématiques infusent, y compris à droite. »
« Nous poussons la fenêtre d’Overton en temps réel. »
Le 15 juillet dernier, une manifestation du Save Europe Act était organisée devant le Parlement européen. « C’était un rassemblement assez maigre, mais ça participe à la bataille culturelle pour imposer ce sujet, raconte Emma Fourreau, qui est venue en observatrice. Ce qui m’inquiète c’est que c’est en train de sortir de cet aspect groupusculaire. Il y a de plus en plus d’événements autour de ce thème au Parlement européen. »
Les alliés européens du RN pour la « remigration »
Officiellement, le Rassemblement national ne soutient pas la remigration. Reste que beaucoup de ses alliés au niveau européen se sont engagés en faveur du Save Europe Act. Les eurodéputés Balázs Orbán (Fidesz), Petra Steger (FPÖ) et Barbara Bonte (Vlaams Belang), qui siègent à Bruxelles dans le groupe de Jordan Bardella, les Patriotes pour l’Europe, font partie des signataires affichés sur le site de l’initiative. On retrouve aussi sur cette liste l’espagnol Santiago Abascal de Vox, le portugais Pedro Pinto Faria de Chega, le belge Tom Van Grieken du Vlaams Belang, l’autrichienne Susanne Fürst du FPÖ ou encore l’ex premier ministre hongrois Viktor Orbán du Fidesz, officiellement soutenu par Marine Le Pen lors des élections de 2026 qu’il a perdues. Tous appartiennent à des partis alliés du RN à Bruxelles. Ce lundi 12 octobre, Jordan Bardella était encore à Ceuta, en Espagne, pour apporter son soutien à Santiago Abascal.
Plusieurs de ces personnalités étaient présentes à la « fête de la victoire » organisée par le RN dans le Loiret en juin 2025 pour célébrer le premier anniversaire des élections européennes de 2024. Le chercheur Vincent Geisser y a relevé « des discours anti-immigrés et islamophobe et sous-tendu par une vision complotiste de la politique migratoire de l’UE ». Pour lui, ces discours ont forcément cautionnés par les leaders du RN, puisqu’ils y avaient accès en amont pour pouvoir garantir leur traduction simultanée. Il en conclut à une normalisation en trompe-l’oeil du RN, le projet politique porté par le parti et ses alliés en Europe restant « agressif (…) flirtant avec la xénophobie, le suprémacisme blanc, la pseudo-théorie du ’choc des civilisations’ ».
« En Italie, la Lega prône ouvertement la remigration. Et c’est l’allié historique du RN », abonde Damien Carême. L’eurodéputé note que le Save Europe Act réunit des soutiens issus des trois groupes d’extrême droite du Parlement européen. Outre les signataires liés aux Patriotes pour l’Europe, on en trouve liés au groupe ESN, qui regroupe ceux issus des partis les plus radicaux comme Reconquête et l’AfD, ainsi qu’au groupe ECR, où siège le parti de Giorgia Meloni ainsi que Marion Maréchal, censé être plus « modéré ». C’est le cas de l’eurodéputé polonais Dominik Tarczyński, ou encore du député roumain George Simion, du parti AUR. En 2025, ce dernier avait lui aussi reçu le soutien explicite de Marine Le Pen dans sa campagne pour les présidentielles.

Collecte de dons : des catholiques traditionalistes français à Donorbox
À l’été 2026, les dons collectés par Save Europe Act étaient dirigés vers une association française : le Centre européen de recherches en sciences humaines et religieuses
Le site du Save Europe Act ne sert pas uniquement à collecter des signatures, mais aussi des dons. Justice for Prosperity a enquêté sur l’infrastructure soutenant la campagne. « Il y a beaucoup de choses qui changent rapidement. Au départ, les dons allaient à une structure en Allemagne, aujourd’hui ils utilisent la plateforme 4fund, via un compte basée en Autriche », constate Jelle Postma. Dans son rapport, l’ONG a repéré qu’à l’été 2026, les dons collectés par Save Europe Act étaient dirigés vers une association française : le Centre européen de recherches en sciences humaines et religieuses (CERSH). Cette structure qui ressemble à une coquille vide, puisque son site est inactif et ne recense qu’une publication, inaccessible, a été fondée en 2018 par Guillaume de Thieulloy. Ancien collaborateur parlementaire LR et éditeur de Jean-Marie Le Pen, il est aujourd’hui le directeur de publication du site Le Salon Beige, un blog catholique traditionaliste opposé notamment au droit à l’avortement et aux droits des personnes homosexuelles. Thieulloy est aussi le gérant du fonds de dotation GT Editions, qui finance plusieurs sites catholiques ainsi que le groupe ECR au Parlement européen, à qui il donne depuis 2023 18 000 euros par an, le maximum autorisé par la loi.

Les donations de Save Europe Act vers le CERSH passent par une entreprise de collecte spécialisée : Donorbox. Cette plateforme étasunienne fondée en 2014 revendique aujourd’hui plus de 100 000 clients. Ces clients incluent de nombreux médias indépendants français comme Mediapart ou ceux qui collectent des dons via l’association J’aime l’info comme Blast, Streetpress ou encore… l’Observatoire des multinationales. Dans ses conditions d’utilisation, DonorBox interdit les campagnes « trompeuses, mensongères, malhonnêtes » ou l’utilisation d’« une rhétorique déshumanisante dirigée contre des individus ou des groupes en raison de leur race, de leur origine ethnique, de leur religion, de leur origine nationale ». Entre 2017 et 2020, des enquêtes avaient déjà montré que ses services étaient utilisés par des militants d’extrême droite comme Tommy Robinson en Angleterre ou l’organisation suprémaciste Council of Conservative Citizens aux États-Unis, ce qui a conduit DonorBox à fermer leurs comptes. À ce jour, celui de Save Europe Act reste ouvert.
DonorBox – qui n’a pas répondu à nos questions – apparaît également comme l’outil privilégié du site Le Salon Beige, pour ses campagnes de dons périodiques mais aussi pour financer ses frais de justice. Le site est en effet la cible de plaintes de Stop homophobie et de l’association Mousse, pour des propos assimilant les personnes homosexuelles à des animaux, aux « tendances contre-nature » qui devraient être « maîtrisées ». Via DonorBox, le Salon Beige a collecté 112 584,74 € pour l’aider à faire face à ce qu’il qualifie d’attaques du « lobby LGBT ».

Hébergement : la piste des mouvements intégristes américains
Brian Brown est un usual suspect quand il s’agit d’instrumentaliser des groupes comme les femmes, les migrants, les personnes LGBT+.
L’éditeur du site Save Europe Act est E+M People Act Platform FlexCo, une société créée en juillet 2026 par Martin Sellener en Autriche. L’hébergement principal est assuré par BunnyWay, une société slovène dont les conditions d’utilisation interdisent pourtant, elles aussi, les contenus racistes. En creusant dans l’infrastructure derrière le site, on trouve deux autres prestataires : la société AlternCloud, en charge de la gestion des emails, et Innonde.com qui apparaît dans le sous-domaine mw.save-europe-act.com et dont le logo rappelle étrangement la croix celtique des néo-nazis. Ces deux entreprises sont enregistrées à la même adresse, qui héberge des dizaines de milliers de sociétés, dans l’État du Wyoming, destination privilégiée pour des sociétés écrans et des opérations de détournement ou blanchiment de fonds. Toutes deux ont été fondés par une figure du conservatisme catholique aux États-Unis : Brian S. Brown.
« Brian Brown est un ’usual suspect’ quand il s’agit d’instrumentaliser des groupes comme les femmes, les migrants, les personnes LGBT+, pour créer de la peur, note Jelle Posma. Il a travaillé avec des activistes russes et appris comment utiliser la culture et l’identité comme une stratégie d’influence. » Bénéficiaire d’une bourse de la foundation Earhart transitant via le réseau Atlas entre 1999 et 2000 [1], il a cofondé en 2007 la National Organization for Marriage et, depuis 2016, il est le président de l’International Organization for the Family (IOF), organisatrice du World Congress of Families (WCF). Des organisations qui ont pour point commun de défendre la « famille traditionnelle » et de s’opposer au droit à l’avortement
De Washington à Moscou en passant par Paris
Cette action ne s’arrête pas aux frontières des États-Unis. Actif dans plusieurs réseaux comme Political Network for Values ou les conférences Make Europe Great Again (MEGA) auxquelles assistent des eurodéputés français comme Laurence Trochu ou Nicolas Bay, Brian Brown participe régulièrement à des conférences organisées par le groupe parlementaire ECR ou son think tank New Direction. Il est aussi au conseil d’administration de CitizenGo, une organisation conservatrice espagnole qui a déployé un bus à Paris contre la cérémonie d’ouverture des JO de 2024, qu’elle accusait de se moquer des chrétiens.
Brian Brown a aussi noué des contacts étroits en Russie, où il se rend à plusieurs reprises entre 2013 et 2017.
Brian Brown a aussi noué des contacts étroits en Russie, où il se rend à plusieurs reprises entre 2013 et 2017, dont une fois pour témoigner devant le parlement russe pour s’opposer à l’adoption par des personnes homosexuelles. Au WCF, il s’est rapproché d’Alexey Komov, bras droit de l’oligarque russe et magnat des médias Konstantin Malofeev. Dans son rapport « The tip of the iceberg », le European Parliamentary Forum for Sexual and Reproductive Rights (EPF) identifie Malofeev comme étant « au coeur de vastes réseaux d’influence qualifiés d’« usines à influence » par les chercheurs, étroitement liés à la politique étrangère du Kremlin et ancrés dans l’extrémisme religieux », dont l’objectif est « de déstabiliser les démocraties libérales à l’étranger tout en positionnant la Russie comme le gardien d’une civilisation chrétienne européenne ’authentique’ ». Komov a fini par être écarté du WCF et de l’IOF (ainsi que de CitizenGo dont il était également administrateur) en 2022 et 2023, après l’attaque russe en Ukraine. Ce qui n’empêche pas Brian Brown, sur ses réseaux sociaux, de continuer à en appeler à la paix avec la Russie et de critiquer l’aide étatsunienne à l’Ukraine.
Le conservateur étatsunien s’intéresse à la France depuis longtemps. Dès 2013, il participait au mouvement La manif pour tous, contre le droit au mariage des personnes homosexuelles. Il s’affiche aussi régulièrement avec son ami Guillaume de Thieulloy, dont le site Le Salon Beige est aussi client d’AlternCloud et d’Innonde. Dans le cadre de la bourse Tocqueville, initiative d’Alexandre Pesey elle-même inspirée par le réseau Atlas (lire notre article), Brian Brown a pu rencontrer de jeunes conservateurs français en visite à Washington, comme, durant l’été 2025, le collaborateur de Jordan Bardella Etienne Duhazé, ou encore Lilou Schepers, collaboratrice de l’eurodéputé RN Pierre Pimpie et Charles Herrbach, qui travaille avec la députée RN Caroline Colombier. C’est aussi Innonde Film s’est chargé de la promotion et de l’avant-première américaine au Trump Kennedy Center de « Vaincre ou Mourir », premier film produit par le Puy du Fou de Philippe de Villiers avec StudioCanal de Vincent Bolloré, qualifié par Le Monde de « relecture biaisée des guerres de Vendée au service de la droite identitaire ».
Quand l’extrême droite américaine prétend « sauver l’Europe »
Justice for Prosperity a d’ailleurs constaté qu’au lancement de la pétition, beaucoup de signatures venaient des États-Unis.
Outre le soutien logistique apporté par ses sociétés, Brian Brown s’est engagé personnellement en faveur du Save Europe Act. Le 15 juillet dernier, il manifestait devant le Parlement européen aux côtés de Guillaume de Thieulloy, Eva Vlaardingerbroek et Martin Sellner. Il est loin d’être la seule personnalité de l’extrême droite américaine dans ce cas. Parmi les soutiens actifs de la campagne, on retrouve aussi Jack Posobiec, influenceur proche de la Maison blanche, vu comme l’héritier du militant d’extrême droite assassiné Charlie Kirk au sein du mouvement Turning Point USA, qui a été accusé par des organisations comme le Southern Poverty Law Center de propager des campagnes de désinformation, notamment des opérations poussées par la Russie, et d’avoir des liens avec des suprémacistes blancs. Ou encore Joey Mannarino, commentateur complotiste et fondateur de l’Institut Overton. Justice for Prosperity a d’ailleurs constaté qu’au lancement de la pétition, beaucoup de signatures venaient des États-Unis, ce qui peut surprendre pour une initiative se voulant européenne.

Autre soutien de poids venu d’outre-Atlantique : X, le réseau social détenu par Elon Musk. Le milliardaire d’origine sud-africaine défend ouvertement la remigration, et considère que s’y opposer relèverait de la traîtrise. Dans l’enceinte du Parlement européen, Eva Vlaardingerbroek a attribué le succès du « Save Europe Act » à l’amplification offerte par les réseaux sociaux, et en particulier X, remerciant personnellement Musk et lui souhaitant de gagner son combat pour ne pas se conformer au Digital Services Act, la législation européenne sur les réseaux sociaux (lire notre enquête).
Billetterie : une plateforme bien connue pour une conférence parisienne sur la remigration
En France, les rassemblements prévus dans le cadre de la campagne Save Europe Act ont jusqu’ici été interdits. Des jeunes identitaires ont mené quelques actions d’affichage durant l’été, sans réunir des foules. Mais le 31 octobre prochain est prévue à Paris une conférence internationale sur la remigration où interviendront entre autres l’instigatrice du Save Europe Act Eva Vlaardingerbroek et Balázs Orbán, eurodéputé et ancien directeur politique de Viktor Orbán.
Le 31 octobre prochain est prévue à Paris une conférence internationale sur la remigration organisée par l’institut Polemia de Jean-Yves le Gallou.
L’événement est organisé par l’institut Polemia de Jean-Yves le Gallou. Ancien cadre du RN (alors FN) dont il a été eurodéputé de 1994 à 1999 avant de rejoindre le mouvement de Bruno Megret puis Eric Zemmour, Le Gallou avait conceptualisé le principe de « préférence nationale » dans un essai publié en 1985. L’idée est encore présente dans le programme actuel du RN sous le nom de « priorité nationale ». En mars 2026, Jean-Yves le Gallou a publié un essai au titre sans ambiguïtés : Remigration : pour l’Europe de nos enfants. Il était présent au lancement de Save Europe Act lors du sommet de Figueira da Foz, et les deux structures qu’il a fondées, l’Institut Iliade et la fondation Polemia, promeuvent ce projet d’expulsion de masse.
La billetterie de la conférence du 31 octobre est assurée par Weezevent, une société créée en 2008 par deux entrepreneurs français et aujourd’hui implantée en France, au Canada, en Suisse, en Belgique, en Espagne, au Royaume-Uni, au Pays-Bas et en Allemagne. Son président, Pierre-Henri Deballon, est aussi celui du club de football de Dijon. Weezevent revendique un million d’événements créés avec sa billetterie, qu’il s’agisse de conférences TEDx, des festivals de musique des Vieilles charrues et We love Green, du Vendée Globe, de grands prix de Formule 1 ou d’événements organisés par des clubs de football comme le PSG.

En réponse à nos questions sur l’utilisation de leur plateforme par Polemia, Weezevent a expliqué qu’elle était en libre-service et que les organisateurs étaient les seuls responsables de leurs événements, qui n’étaient ni sélectionnés, ni promus par leur société. Une équipe de modérateurs examine les publication au regard de la loi et alerte les autorités compétentes en cas de doute, mais ne peut écarter un organisateur en raison de ses opinions politiques, ce qui relèverait de la discrimination[Echange d’emails avec le service communication de Weezevent, le 12 octobre 2026]]. Le 29 septembre dernier, le député LFI Thomas Portes alertait le ministre de l’Intérieur et le préfet de police de Paris sur l’événement considérant qu’il existait suffisamment d’indices indiquant que des propos incitant à la haine, à la discrimination ou la violence allaient y être tenus, ce qui justifierait légalement son interdiction.
Pétitions Libertés, qui héberge la pétition pour « ouvrir le débat sur la remigration » lancée en parallèle de l’événement, est un site de l’association La France Rebelle. Son président est élu municipal RN.
Les organisateurs de la conférence du 31 octobre font appel à d’autres prestataires encore. Pour collecter eux aussi des dons, ils passent par GiveSendGo, une plateforme chrétienne fondée aux États-Unis. Selon une enquête de l’Anti-Defamation League en 2023, les services de GiveSendGo ont été utilisés par des centaines de campagnes propageant des des discours haineux, notamment l’antisémitisme, la suprématie blanche, les théories du complot Qanon ou des anti-LGBTQA+. En 2025 encore, GiveSendGo a hébergé une collecte de dons au profit d’une femme ayant tenu des propos racistes à un enfant noir et en 2026, pour un étudiant étasunien ayant tenu des propos antisémites.
Autre fournisseur de Polemia : Pétitions Libertés, qui héberge la pétition pour « ouvrir le débat sur la remigration » lancée par l’institut en parallèle de son événement du 31 octobre. Pétition Libertés est un site de l’association d’extrême droite La France Rebelle, qui finance des mouvances identitaires. Son président Philippe Gibelin est élu municipal RN à Bellegarde, dans le Gard. Les liens de ce dernier avec la mouvance identitaire avaient déjà été pointés par plusieurs articles de presse avant l’élection municipale, sans que le parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella ne lui retire son investiture.
Contactés par email, le RN, Brian Brown, Guillaume de Thieulloy et DonorBox n’ont pas répondu à nos questions.
Boîte Noire: Cette enquête a été réalisée avec le concours du Fonds pour une presse libre dans le cadre du 2e appel à projets « Extrême droite : enquêter, révéler, démonter ». Plus d’infos ici. »
Article publié par Anne-Sophie Simpere
Notes:
[1] Source : Source : archives du réseau Atlas