Voix d’ailleurs, d’hier et d’à présent

Choléra …
Le poème qui révolutionna la poésie arabe parlait d’épidémie et était l’œuvre d’une femme, Nazik Al-Malaika. Il est paru la même année que La Peste de Camus (1947).
Quelques explications après une traduction en français:

C’est la nuit. Écoutez les gémissements, leur résonance
S’élevant dans l’obscurité au-dessus du silence
Écoutez l’angoissant chagrin débordant
Rythmant les pleurs.
Chaque cœur est en feu,
Chaque maison silencieuse en chagrin,
Et partout, une âme pleure dans le noir.
C’est l’aube.
Écoutez les pas du passant,
Dans le silence de l’aube.
Écoutez, regardez les processions de deuil, dix, vingt, non… innombrables.
Partout gît un cadavre, un éploré
Sans éloge funèbre dans le grand silence.
L’humanité proteste contre les crimes de la mort.
Le choléra est sa revanche.
Même le fossoyeur a succombé,
Le muezzin est mort,
Qui fera l’éloge des morts ?


Nazik Al-Malaika (1923 – 2007) est une poétesse irakienne, la première à écrire des vers libres en arabe moderne.
En 1947, elle compose « Choléra », l’année où Camus publie « La peste ». C’est une élégie pour l’épidémie qui frappe l’Égypte en 44-45 et fait des centaines de milliers de morts (les photos égyptiennes qui illustrent ce post viennent des Archives de la Planète, Fonds A. Khan). Son poème «al-kolera» (Choléra) est considéré par la critique comme une double révolution. Révolution dans la langue et révolution féministe. Les élégies d’Al-Malaika sont presque toutes dédiées aux femmes ( «Trois élégies pour ma mère» et «À ma tante bien-aimée » «A une femme sans importance») Ces poèmes contrastent avec la monumentalité des élégies classiques arabes par ses vers libres. Choléra, poème de quatre strophes écrit en 1947 publié en 1949 dans le recueil Shaẓāya wa ramād (Éclats et Cendres), abandonne la rime unique et la division du vers en deux hémistiches, qui caractérisent l’art poétique arabe (mètres classiques d’Al-Khalīl). Les vers de Nasik varient dans leur longueur en fonction de la syntaxe et du sens. Ce n’est plus un mètre déterminé qui rythme le vers, mais bien la poétesse. La structure rythmique se répète d’une strophe à l’autre, produisant un équilibre, un envoutement de la répétition. Cette forme n’est pas sans évoquer les « muwashshaḥāt », les chansons arabo-andalouses, mais aussi la littérature anglaise, en particulier les stances de la « monostrophic ode » de Keats. Diplômée en 1944 du College of Arts de Bagdad, Nazik Al-Malaika reçoit une bourse pour étudier la critique littéraire à l’Université de Princeton qui était encore entièrement masculine. Titulaire d’une maîtrise en littérature comparée à l’Université du Wisconsin, elle sera professeur aux Universités de Bagdad, Bassorah et Koweït. Elle quitte l’Irak en 1970 après l’arrivée au pouvoir du parti Baas. Elle est décédée au Caire en 2007. Al-Malaika a publié plusieurs recueils : « Ashiqat al-Layl » ou « L’Amante de la Nuit ». « Shazaya wa Ramad » ou « Étincelles et Cendres » « Qararat al-Mawja » ou « Le creux de la Vague » et « Arbre de la Lune ».


Voici l’original de son poème «al-kolera» pour les ami.e.s qui lisent l’arabe et qui est évidemment infiniment plus beau que la traduction française
الكوليراسكَن الليلُأصغِ إلى وَقْع صَدَى الأنَّاتْفي عُمْق الظلمةِ, تحتَ الصمتِ, على الأمواتْصَرخَاتٌ تعلو, تضطربُحزنٌ يتدفقُ, يلتهبُيتعثَّر فيه صَدى الآهاتْفي كل فؤادٍ غليانُفي الكوخِ الساكنِ أحزانُفي كل مكانٍ روحٌ تصرخُ في الظُلُماتْفي كلِّ مكانٍ يبكي صوتْهذا ما قد مَزّقَهُ الموتْالموتُ الموتُ الموتْيا حُزْنَ النيلِ الصارخِ مما فعلَ الموتْطَلَع الفجرُأصغِ إلى وَقْع خُطَى الماشينْفي صمتِ الفجْر, أصِخْ, انظُرْ ركبَ الباكينعشرةُ أمواتٍ, عشرونالا تُحْصِ أصِخْ للباكينااسمعْ صوتَ الطِّفْل المسكينمَوْتَى, مَوْتَى, ضاعَ العددُمَوْتَى, موتَى, لم يَبْقَ غَدُفي كلِّ مكانٍ جَسَدٌ يندُبُه محزونْلا لحظَةَ إخلادٍ لا صَمْتْهذا ما فعلتْ كفُّ الموتْالموتُ الموتُ الموتْتشكو البشريّةُ تشكو ما يرتكبُ الموتْالكوليرافي كَهْفِ الرُّعْب مع الأشلاءْفي صمْت الأبدِ القاسي حيثُ الموتُ دواءْاستيقظَ داءُ الكوليراحقْدًا يتدفّقُ موْتوراهبطَ الوادي المرِحَ الوُضّاءْيصرخُ مضطربًا مجنونالا يسمَعُ صوتَ الباكينافي كلِّ مكانٍ خلَّفَ مخلبُهُ أصداءْفي كوخ الفلاّحة في البيتْلا شيءَ سوى صرَخات الموتْالموتُ الموتُ الموتْفي شخص الكوليرا القاسي ينتقمُ الموتْالصمتُ مريرْلا شيءَ سوى رجْعِ التكبيرْحتّى حَفّارُ القبر ثَوَى لم يبقَ نَصِيرْالجامعُ ماتَ مؤذّنُهُالميّتُ من سيؤبّنُهُلم يبقَ سوى نوْحٍ وزفيرْالطفلُ بلا أمٍّ وأبِيبكي من قلبٍ ملتهِبِوغدًا لا شكَّ سيلقفُهُ الداءُ الشرّيرْيا شبَحَ الهيْضة ما أبقيتْلا شيءَ سوى أحزانِ الموتْالموتُ, الموتُ, الموتْيا مصرُ شعوري مزَّقَهُ ما فعلَ الموتْ

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