Ah mes chéris chéris

ah mes chéris chéris, comme disait Sapritch, vous êtes en forme
les végétations n’ont pas encore été opérées?
vous voilà tout croissants
moins pliés d’l’hiver
la rue est à vous, ornée de semis?
Les platanes sortent de vos slips?

Hier midi, vieil homme dégarni  tu me me dis suant-susurrant que tu regrettes la distanciation dans la file (j’ai pas dit dans la queue) du Carrefour
Je réponds pas, mais tu déposes ta baguette (phallus de mie) sur le tapis roulant et pousse la séparation du tapis en souriant, quelle métaphore, dis donc, tu comptais sur mon gruyère ou mon thon piquant comme garniture?

Hier soir, je suis avec mon fils, on est assis dans une place mère-enfant mais pas pour mère épaisse et ado hormonal donc, on dépasse mais on s’en fout
et de vous deux, cousins copains post-pubères, mes chéris, vous y allez de vos remarques déplacées et rires démasqués, ben oui, sans masque, c’est rebelle, waw, quelle désobéissance, vous parlez en codes gras et rires fiers
mes yeux noircissent, je vous tombe dessus avec mon regard de mère, en fait, là, je suis votre mère, abrutis chéris
mais vous y allez de regarder mes cuisses sous jupe « trop courte pour une mère » peut-être? et ça y va, ça rigole, ça gigote, ça descend du bus en mode traque de la prochaine salve

Ce matin, j’achète 2 coussins dans le magasin sans lumière (panne l’électricité), est-ce le manque d’ondes wifi ou l’obscurité relative qui te fait rêver, chéri,
alors cool que tu me fasses le coup de faire un prix de 5 euros plutôt que 6, même si je sais qu’en fait, ils sont toujours à 5 euros
mais jeu de dupes, je soutiens mon commerce local, je dis merci, et là, quand tu me rends la monnaie, tu me touches la main en disant, vous avez les mains douces, je te regarde chéri parce que je crois pas qu’on a compté les moutons ensemble
mais tu me rétorques avec un sourire dépassant tes yeux frits,
« mais c’est juste un compliment »,
BIM
voilà, je te refile tes 2 euros de ristourne mal léchée pour ton compliment mal léché,
bien sûr tu fais semblant de pas comprendre, j’aurais pu laisser les oreillers,
mais j’en ai besoin, et toi, te voilà payé 2 euros pour ta verve, pour une transaction que je choisis, tu vois, chéri, en réalité, c’est quand même moi qui paie cher, en fait, c’est toujours ça, dans ces moments là, vos paroles gratuites nous coutent cher

Juste après, j’entre dans le supermarché avec mes oreillers et ma journée mal négociés
et toi, le chéri aux airpods et aux jeans troués, tu me demandes où j’ai acheté ma couette, j’te réponds vite « ce sont des oreillers à 6 euros » ou gratuits si tu suces, 
tu m’dis que tu veux une bonne couette,
je te dis vite, dans la rue, ici, y a des magasins de literie,
mais en fait, je vois que c’est pas la literie qui t’occupe mais la pensée du ressort et du bruit de sommier à lattes
je file au rayon fromages et charcuterie, et tu me suis et me demandes quelle charcuterie je préfère,
je te regarde chéri, parce que je crois pas qu’on a élevé les cochons ensemble,
toi, t’as l’air de me reconnaître, enfin, d’en reconnaître une parmi les milliers d’autres à qui t’as déjà dû t’enfler le pantalon et le thorax et le diaphragme,
je peux pas m’empêcher de te voir gonflé, plus grand que moi, alors que non, t’es minus, mais je me reprends
je gonfle à mon tour, je te demande de bouger vers la caisse et d’aller voir ailleurs si j’y suis
tu dis que c’est pas méchant,
ah ça chéri, tu sais, j’ai appris le bien et le mal grâce à des chéris comme toi, comme vous,
j’ai pas besoin de ton analyse rhétorique et de ton accompagnement spirituel
je choisis mon propre développement personnel, dank u
ça m’a été inculqué dès mon plus jeune âge avec vos premières mains, vos premières griffes, vos premières serres, vos poils et vos phalanges et vos phallus à tête d’aigle royal ou cul de poule ou oeil de ramier (je trouve les regards de ramier cons comme des siphons)

Je veux rentrer, avec mes oreillers, mon pastrami, ma feta, ce soir, je reçois des amis – pas dans mon lit, chéris, ça suffit là lâchez moi –
et voilà le dernier, le général de la cavalerie, installé dans sa voiture immatriculée en France, qui bloque mon passage de la rue devant mon tram, qui baisse la vitre,
ah tiens, un nouveau, la brochette était donc pas assez cuite…
tu me demandes si tu peux me déposer qqpart, je réponds « va en enfer, je te rejoins »,
j’ai mon aplomb de meuffe habituée et ma colère des dernières 24 heures, des derniers 46 ans,
je suis fière de ma boutade, faut dire que je l’ai longuement marinée dans la sauce samouraï
je peux pas m’empêcher de t’insulter comme ponctuation, signe de fin, je t’achève, je parle fort dans la rue, les gens s’demandent
je monte dans le tram, je vérifie quand même ma robe sur mes cuisses, comme si j’avais pu être responsable de quelque chose
voilà, je vous gueule dessus, je vous réponds, je vous tais mais vous avez les gueules ouvertes
tu vois, c’est ma pulsion à moi, c’est comme vous les chéris qui pouvez pas vous empêcher de parler, montrer, suivre, accrocher, 
je me sens pas salie les chéris, ça marche plus, ça vous avez probablement sali votre poche de caleçon lavé par maman ou épouse ou fille
vous salissez votre réputation mais ça, la morale ne vous préoccupe pas
vous ne me salissez plus, là, je rentre un peu rabougrie, j’avoue que là, tout de suite, le soleil ne m’atteint pas, je vous écris, les chéris, je vous écris ça
En fait, c’est à moi que j’écris, j’ai pas de solution pour vous, faire ce petit texte et penser à la syntaxe et au vocable, c’est ma sortie de secours
j’écris aussi à mes chéries, à d’autres que moi, c’est ça qui fait clan, meute à un moment, on vous mangerait pas, on vous rongerait la moelle en la recrachant, comme vos jus d’phallus

J’dis merci aux mamans croisées dans le tram avec qui on a échangé sur les oreillers, merci pour leurs paroles; elles ont lavé les housses maculées de vos sèves de bile
voilà, mes chéris, je place les oreillers sur vos faces, j’appuie avec toutes mes cuisses et mes fesses et ma rigueur poétique
je suis assise pour longtemps, jusqu’à vos derniers spasmes.

je pensais allouer une seule journée, le lundi par exemple, à ma misandrie, mais ok, si vous le voulez, mes chéris, aujourd’hui, c’est vendredi ou samedi ou lundi ou mercredi misandrie.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.