Pendant de longues années dans les débuts d’internet (#BoomerStyle), j’ai glané des milliers d’images, des sites d’artistes aux collections, des galeries aux autres blogs. Je pense encore avoir un disque dur externe de toutes ces trouvailles. Suite à une récente fuite d’eau dans ma cave, j’ai retrouvé les impressions sur ces feuilles A4 aux impressions d’imprimantes bon marché aujourd’hui noircies par le champêtre, feuilles que je découpais pour les ateliers d’écriture ou pour des collages. Une période DIY qui me permettait de désangoisser face aux écrans pourtant alors moins prégnants.
Lors d’heures de « bureau » dans des lieux qui amoindrissaient au moins ma créativité, au plus ma vitalité, je tirais au « sort » (#SerendiPity) une ou plusieurs images. Sorte de Imagemancie qui permettait de sortir de mon cadre. Devant moi, l’écriture s’alimentait des mécaniques psycho-esthétiques. Je tenais à vivre l’image dans mes projections, ma rêverie et aussi lui donner formes, parfois au sens entendu d’un « poème », parfois dans une nécessité de flux sans rive ni limon, quelque chose d’écouter ma langue sans m’entendre écrire.
Ce site, héritier de plusieurs blogs (LaCoUrBE du CUBE + Badebec + EroStrain + MonOeil), doit bien avoir retenu quelques uns de ces textes composites.
Depuis septembre, je remplace un prof à l’école supérieure des arts de Saint-Luc, 2 heures un lundi après-midi, master BD… Lundi dernier, j’ai tenté d’aborder cette notion de flux avec les étudiantXs, entre le flux (flow), cette sensation dans laquelle on a l’impression de ne faire qu’un·e, et où action et conscience fusionnent (cf. Mihaly Csikszentmihalyi) et ce fluxus, cet écoulement, ce déplacement croisant une origine, une destination et un trajet. Flux et reflux, pro- et ré-gression d’une marée d’encre (même numérique).
Les effets de la ménopause prennent chez moi une place à double entrée: une irritabilité / irascibilité qui me retirent du sociable ET une énergie, une appétence pour reconfigurer mon écriture, la replacer au thorax. Un flux et un reflux dans les mêmes insomnuits, un bourdon vibromasseur de l’hypophyse, alias la Glande Maîtresse.
Cette nuie, j’ai recherché des chiens, reconsidéré leurs voracités de liens et de joies. Et après plusieurs écueils, Daido Moriyama est revenu.
Tandis que j’écris ces lignes sans visée, j’écoute un podcast de la série Passages, une jeune meuffe qui ne m’accrochait pas dit qu’une nuit, elle est allée photographié des chiens, des CRS et des black blocs.

Tandis que j’écris ces lignes sans suite dans mes idées, je lis les messages des parents-profs solidaires avec la GenZ qui prend la rue faute du « pouvoir ». « ça chauffe », « besoin de sérum phy, gaviscon et legal team ».
Aujourd’hui, je n’ai pas pris le courage de sortir manifester, la 2D en pare-feu.
Et je copie-colle ici un texte d’une auteurice (avatar?) dont le pseudonom rappelle une noble antique. ça fera l’affaire pour l’heure du midi.
« Chien absolu | Sur une photo de Daido Moriyama

Daido Moriyama, Stray Dog, Misaway, 1971 © Daido Moriyama Photo Foundation
Photo réalisée lors de l’exposition consacrée au photographe qui s’est tenue à la Fondation Henri Cartier Bresson du 20 mai au 4 octobre 2026
« Le cadre est serré. Le point de vue légèrement plongeant. Le regard trouble de l’animal écarte toute interprétation facile. Une lumière saturée couvre son dos, contrastant avec des zones sombres, voire opaques. Le corps est trapu, massif, pesant. Le poil dru est celui d’une bête éloignée depuis longtemps des caresses. Chien sans collier, sans adresse, sans nom. Sans maître, sans affection. Le blanc d’une des dents de sa mâchoire inférieure brille d’un éclat comparable à celui de son œil gauche. Que me veut-on ? Où se situe le bien ? le mal ?
Le dépouillement de la photo – noir & blanc, lieu abstrait – réveille ce fond archaïque tapi au sein des entrailles des mammifères en vie. Responsabilité de tous les instants qui intime de se nourrir et de se protéger. Toute existence avance sur ce fil ambigu où s’affrontent proie et prédateur. Ambivalence de la main qui nourrit ou qui frappe, du regard qui quémande ou qui chasse.
Cet animal s’est laissé attraper par l’objectif d’un photographe qui a immortalisé cette hésitation fondamentale au cœur de nos existences. Il nous invite par là à faire nôtre sa question. L’image arrêtée devient alors le miroir d’une réflexion abyssale ignorant le répit. Elle n’est pas le portrait déguisé d’un photographe, quand bien même Daido Moriyama a pu dire avoir réalisé là un autoportrait. Elle est l’image d’un tressaillement essentiel hors lequel il n’y a plus de vie. Chien errant nécessaire dans lequel l’être humain, pour son propre malheur, peine à se reconnaître. »
Octavia Minor – 3 octobre 2026