Gymkhana.

Tu croises un ex avec qui tu es – à priori restée – en bons termes.
Il ne te reconnait pas.

Tu te dis: OK, les kilos, les cheveux, le genre de sapes, l’âge, le contexte…
Tu reconsidères tes légitimités, tu replonges dans les complexes que tu pensais avoir décimé, tu sues et chouines un peu, il pleut, t’es en 3ème jour de règles, t’es dans une station de métro où les gens descendent pour aller faire du shopping, les néons te donnent un teint de cierge de chapelle désacralisée..
Bref, la saison d’amour, gloire et beauté est terminée.

Tu le hèles, un trémolo néo-Ramazzoti dans la voix et un travelling de Lelouch dans la tête, alors qu’en fait, ce gars n’a pas plus marqué ta vie qu’une chute de canapé avant tes 13 mois.
Il se retourne, tu as tellement besoin d’amour à ce moment là qu’un philtre magique limite niveau Photoshop7.0 te redonne espoir en cette relation de quelques semaines à laquelle tu n’avais peut-être pas donné toutes ses chances et puis … Le hasard du monde, le caprice d’Hécate.
… Il est bien « conservé », mieux que dans ton souvenir, mieux que toi, même.
Il s’approche de toi, entre un air de goupil fureteur et canard boiteux, sûrement surpris d’être arrêté dans son élan (pas vers le shopping centre, espères tu en ton fond).
Il s’approche et ouvre un sourire comme une malle à trésors.

« Oh E. mais ça alors… oh je t’aurais jamais reconnue… »

Phrase qui tue.
Là, tu reprends l’anecdote au point « OK, avec les kilos, les cheveux, le genre de sapes, » etc. Tu revisites les 16 dernières années en un clin d’œil en cherchant à gommer les aspérités, tu prépares des arguments fallacieux, tu dresses la liste de ce qui t’a transformée… les déboires, les mauvaises rencontres, les dépits, les désengagements, les frilosités, les demains sans lendemains, …

Mais
il t’encense, il te nourrit, il te comble :

« Oh mais tu es si belle, tu n’as tellement pas changé, oh blablabla .. oh mais… tu … blablabla… »

Tectonique des plaques. Tu flottes, tu dérives, tu croises la terre le feu le cosmos l’uranium la chair la faune, tu es Frodon, Lilith et Fifi Brindacier… Tu bois ses paroles au rythme des flots des manants et des manantes qui vous frôlent pour mieux vous bercer.

Il se rapproche de toi avec ses mots qui te rougissent… tes tempes se rapprochent, ton utérus se contracte.

Là, quand il est à quelques centimètres de ta joue, tu réalises que l’ex est défoncé, que ses yeux trempent dans un vortex bipolaire, qu’il sent le laboratoire Pfizer, et qu’il s’adresse à toi comme l’oracle à la vapeur de glue, que finalement, tu es son spectre d’une promesse non tenue.

Il cherche alors une étreinte pour se réincarner, il ouvre ses bras comme s’il s’apprêtait à s’envoler, tu serais son porte-avion, son F-16, son missile et sa détonation tout en même temps.

Il est temps de fuir, de revenir à ta réalité, tu esquives le Free Hug comme un vieux truc de Kung Fu Panda avant sa formation, tu te transformes en Simone ou Martine qui doit aller faire du shopping, tu préfères même qu’il se mette enfin à remarquer que oui, t’as pris 30 kilos et 16 ans et un enfant, que oui, t’as copié la coupe de cheveux d’Ozzy Ozborne, que…

Tu marches aussi vite qu’un rêve en sommeil paradoxal, tu ne retournes surtout pas, tu sais qu’il doit toujours glorifier le panneau publicitaire qui faisait décor derrière vous il y a encore quelques secondes.. et tu montes quelques marches, essoufflée, vers la sortie du métro, le thorax convaincu que ceci n’était qu’un cauchemar.

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