Jeu du cobra et de la mangouste

22h58
Sortir d une réunion entre meuffes et féministes
Et être agressée
Notre conversation tournait autour de la riposte
Logique de l’auto défense
Et puis ce père Fourard à pantashort moule queue
Qui vient heurter mon giron et ma rhétorique avec sa clé tordue
Ma clepsydre en mode orage
Bravo con nard
Tu me rappelles au désordre
Ne compter que sur son corps debout
Ne pas regretter de souvent vous détester
Ne pas oublier de notre pardon vous délester
Encore un oubli de la Cité De considérer les Meuffes
Comme un antonyme de déchet.
Je vais pas bien
Mais suis pas blessée
Sauf collectivement
Dans notre rage.

Parle à mon cri
Mon cul t’aplatit
Ma rue m’appartient.

et puis alors
et puis donc
et puis après.
l’agression d’hier n’est ni la première ni la dernière. J’ai peu dormi (aussi à cause d’un moustique si petit et si puissant) et j’ai ma mâchoire un peu serrée d’avoir été poussée contre ce tram et insultée et laissée dans ma rage par les « gens » du tram (sauf un jeune gars bourré qui a flippé quand j’ai hurlé sur l’agresseur et les badauds patauds).
Depuis mon enfance en « banlieue » jusqu’à mes 45 ans et demi, je sais la rengaine du corps qui fabrique la bile urbaine.Je réécris un bonus pour celles qui me liraient. J’ai appris à rétorquer à partir d’expériences et de récits et de modèles que je vais placer ici, non pas que ce soit un modus vivendi / operandi applicables à toutes mais ça (me) permet de me situer:
– ma grand-mère tenancière de bar-brasserie qui se « masculinisait » pour rendre la pareille aux clients et se faire respecter
– des copines de collège et de lycée enracinées dans la puissance de leurs héritages FIERS et dans leurs sinuosités résilientes pour échapper aux oncles, pères, frères, cousins, voisins…
– les amitiés avec des meuffes dites de « gangs » qui cassaient des briques et des gueules pour se montrer, c’était pas très « noble » comme cause mais ça chauffait les veines et ça évitait les déveines
– une écoute attentive portée aux récits des femmes de tout le temps qui a emmagasiné des approches, des virages et des fuites vertueuses- des rencontres avec assez de connards entre lits et rues que pour accumuler une rage, des injonctions et des incapacités devenues geysers
– une acceptation d’être forte, grande, loyale, légitime dans ma colère, dans mes « abus de langage », dans ma conception parfois binaire pour me construire dans un féminisme non figé mais tout autant bien fixé
– une exigence construite au travers de lectures, d’écritures, de lieux ressources et de confrontations avec d’autres meuffes
– une politisation au contact de femmes précarisées, éloignées des discours et des institutions, arrimées à des résistances que d’autres diraient minimes mais dont on ne peut ignorer qu’elles soient techniques de survie
– la pratique des réseaux sociaux basée sur les choix de relais, de médias, de « profils » pour fomenter une révolution (car oui Facebook (et autres) permet des révolutions, au sens de détournement de la norme, d’introspection et de travail de l’intime)
– l’agissement dans mes rapports avec mes amies en galère pour ne pas laisser agir la nécromancie des relations toxiques, parfois même aborder l’ingérence dans des situations troubles et mortifères pour ne pas lâcher, pour ne pas finir meurtrie. Une solidarité active même si un peu manichéenne sur le vif
– avoir été victime de nombreux attouchements de connus et d’inconnus, victime de nombreux non-consentements, victime de plusieurs manipulateurs, victime de prédations en milieu professionnel, victime aussi de systèmes plus grands qu’un seul homme
– plusieurs thérapies dont une avec un spécialiste des relations sectaires manipulatoires et une avec un praticien systémicien, tous deux ayant pu m’aider à légitimer mes rapports détruits aux hommes et soutenir mon parcours de mère/meuffe
– des soirées et des soirées avec d’autres meuffes only pour évoquer, ridiculiser, revalider, transiger, vilipender, nourrir les quotidiens et les paradigmes- mon travail scénique et performatif dans lequel je fabrique une intelligence kinétique avec d’autres corps
– la formation auprès de femmes et hommes dans des sports où le corps apprend l’esquive et la vigilance (boxe, danse, …)
– …

Tout ceci et d’autres lieux de délestage ou d’ulcérations fait que je me permets de souvent répliquer à une altercation de rue. L’auto-défense s’apprend, s’acquiert à travers des expériences mais aussi des formations, des plus formelles aux plus audodidactes.
Par exemple, voilà ce qui s’est passé hier à ce fameux 22h58.Hier soir, le gars m’a demandé des feuilles pour son clope. Il ne portait pas de masque (en fait je m’en fous mais ça a ajouté à ce que je puisse déceler son approche) ni de bonsoir. Son regard était trempé de nuit néfaste. J’ai sèchement répondu « j’ai pas de feuilles ». Il a commenté mon ton. J’ai répondu « c’est bon, lâche-moi ». Il a entamé une logorrhée d’insultes et d’interjections dont des presque drôles « ton père dans ta mère, sale p*** » ou encore des métaphoriques « tu pues la haine »… Je me suis alors éloignée physiquement en évitant son champ et son regard. Il m’a doublée pour se poster devant moi. Je lui ai dit de dégager, le tram arrivait. Je me suis retournée pour repartir vers l’abri de l’arrêt, là où étaient assis 2 gars. Je les ai interpellés « ça va, ça vos dérange pas que l’autre me fasse chier? ». Ils n’ont pas réagi. Le tram est arrivé. Le gars est revenu vers moi en mode mains levées et postillons tous azimuts et insultes. J’ai reculé. Il m’a poussée contre les portes du tram qui se sont ensuite ouvertes. Il est rentré dans le tram. je me suis assise. Il a insulté un autre gars et encore un peu moi. Les portes se sont refermées , il est ressorti et a frappé la vitre. Le conducteur du tram n’a pas réagi, ni les gens dans le tram. j’ai voulu le doigter de tout mon honneur mais j’ai craint qu’il ne courre après le tram et je n’avais que 2 arrêts à parcourir.
Cette expérience est décryptée ici mais n’est en rien comparable aux multiples peines qu’endurent les femmes violées, les femmes violentées dans leur maison, les femmes exilées dans leur pays ou durant leur parcours migratoire, les femmes trans, les femmes lesbiennes, les femmes… Je suis chanceuse et sais une grande partie de ma chance. Je ne suis pas à plaindre, même pas à consoler même si j’ai aimé lire vos messages de soutien, évidemment.Il existe des associations où l’auto défense verbale ET/OU physique est proposée. je nomme ici l’asbl Garance et la Rainbow House. Je sais que le Poisson sans bicyclette / La Maison des femmes ont proposé des stages. Aussi, il existe des lieux d’écoute et de dépôt où les violences systémiques infra- ou extra- familiales peuvent être décortiquées.
Enfin, il est toujours possible d’être attentive ET attentif aux situations visibles de violences, il est toujours possible d’observer et de tenir pour compte les relations d’oppression et de croire les femmes dans leurs peurs, dans leurs mots, dans leurs morts.

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